{"id":27186,"date":"2026-04-07T04:00:00","date_gmt":"2026-04-07T02:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.thebrokernews.ch\/?p=27186"},"modified":"2026-04-05T14:08:16","modified_gmt":"2026-04-05T12:08:16","slug":"quand-lenergie-reevalue-le-temps-lefebvre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.thebrokernews.ch\/fr\/quand-lenergie-reevalue-le-temps-lefebvre\/","title":{"rendered":"Quand l&rsquo;\u00e9nergie r\u00e9\u00e9value le temps"},"content":{"rendered":"<div class=\"ccfic\"><span class=\"ccfic-text\">\"Le stockage, seule v\u00e9ritable solution \u00e0 l'intermittence, est rest\u00e9 le cha\u00eenon manquant\": Eric Lefebvre.<\/span><\/div>\n\n<p><strong>La semaine derni\u00e8re, il \u00e9tait question du prix du temps, cette semaine, il est question de ce qui le d\u00e9termine \u00e0 la base : l&rsquo;\u00e9nergie. Car les march\u00e9s n&rsquo;\u00e9valuent pas l&rsquo;avenir dans le vide. Lorsque l&rsquo;\u00e9nergie devient plus ch\u00e8re, plus rare ou plus incertaine, non seulement la structure des co\u00fbts de l&rsquo;\u00e9conomie change, mais aussi les fondements sur lesquels reposent les attentes, les investissements et, en fin de compte, les rendements obligataires. Ce qui semble \u00eatre des sph\u00e8res s\u00e9par\u00e9es, l&rsquo;\u00e9nergie ici, les march\u00e9s financiers l\u00e0, s&rsquo;av\u00e8re en fait \u00eatre un seul et m\u00eame syst\u00e8me. Et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce syst\u00e8me qui commence \u00e0 se r\u00e9aligner.      <\/strong><\/p>\n\n<p>La semaine derni\u00e8re, j&rsquo;ai affirm\u00e9 que les obligations n&rsquo;\u00e9taient pas de simples instruments financiers. Elles sont le prix du temps. Elles nous disent, discr\u00e8tement mais implacablement, ce qu&rsquo;il en co\u00fbte de prolonger le pr\u00e9sent dans l&rsquo;avenir. Un pr\u00eat hypoth\u00e9caire en d\u00e9pend. Les investissements des entreprises en d\u00e9pendent. Les gouvernements survivent gr\u00e2ce \u00e0 elles. Lorsque les rendements obligataires augmentent, le syst\u00e8me ne se contente pas de r\u00e9\u00e9valuer la dette. Il r\u00e9\u00e9value la dur\u00e9e, la patience, la confiance et, en fin de compte, l&rsquo;avenir lui-m\u00eame.       <\/p>\n\n<p>Cette semaine, il convient de revenir sur l&rsquo;\u00e9nergie, car le prix du temps n&rsquo;est jamais fix\u00e9 dans le vide.<\/p>\n\n<p>Comme l&rsquo;a fait remarquer John Maynard Keynes, les march\u00e9s ne sont pas seulement r\u00e9gis par l&rsquo;arithm\u00e9tique, mais aussi par les attentes, par ce que nous pensons \u00eatre l&rsquo;avenir. En ce sens, l&rsquo;\u00e9nergie n&rsquo;est pas simplement un intrant. Elle est l&rsquo;un des fondements sur lesquels reposent ces attentes.  <\/p>\n\n<p><strong>Un syst\u00e8me, pas deux<\/strong><\/p>\n\n<p>Le monde aime \u00e0 imaginer que l&rsquo;\u00e9nergie fait l&rsquo;objet d&rsquo;une conversation distincte. Le p\u00e9trole est r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la g\u00e9opolitique, le gaz aux services publics, l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 aux ing\u00e9nieurs et les obligations aux banquiers centraux et aux gestionnaires de portefeuille. Cette division est nette, \u00e9l\u00e9gante et presque enti\u00e8rement fausse. L&rsquo;\u00e9conomie moderne n&rsquo;est pas organis\u00e9e en compartiments. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un syst\u00e8me unique de conversion et de circulation. L&rsquo;\u00e9nergie permet la production. La finance permet d&rsquo;\u00e9tendre, d&rsquo;anticiper et de distribuer cette production dans le temps. Quand l&rsquo;une devient instable, l&rsquo;autre ne reste pas intacte.       <\/p>\n\n<p>C&rsquo;est pourquoi les tensions actuelles sur les march\u00e9s de l&rsquo;\u00e9nergie ne se limitent pas aux gros titres habituels. Le public voit d&rsquo;abord les sympt\u00f4mes \u00e9vidents : le prix \u00e0 la pompe, le co\u00fbt du chauffage, l&rsquo;irritation caus\u00e9e par une nouvelle augmentation qui survient pr\u00e9cis\u00e9ment lorsque les salaires n&rsquo;ont pas suivi. Mais ce ne sont que les expressions visibles de quelque chose de plus structurel. Un choc \u00e9nerg\u00e9tique n&rsquo;est jamais seulement un choc sur le carburant. C&rsquo;est un choc sur les attentes, sur les co\u00fbts industriels, sur le fret, sur les produits chimiques, sur les intrants alimentaires, sur la confiance et, en fin de compte, sur le capital lui-m\u00eame.    <\/p>\n\n<p>En ce sens, la v\u00e9ritable question n&rsquo;est pas de savoir si le monde \u00ab\u00a0manque\u00a0\u00bb d&rsquo;\u00e9nergie. Le langage apocalyptique est \u00e9motionnellement satisfaisant, mais \u00e9conomiquement paresseux. Les syst\u00e8mes s&rsquo;effondrent rarement en un seul geste th\u00e9\u00e2tral. Ils deviennent moins bon march\u00e9, moins fluides, moins pr\u00e9visibles. Les d\u00e9g\u00e2ts commencent \u00e0 la marge. Le transport prend plus de temps. Les assurances deviennent plus ch\u00e8res. Les stocks tampons doivent \u00eatre reconstitu\u00e9s. La planification industrielle perd en visibilit\u00e9. Les gouvernements red\u00e9couvrent les subventions. Les banques centrales red\u00e9couvrent l&rsquo;inconfort. La machine continue de tourner, mais moins bien qu&rsquo;avant et \u00e0 un co\u00fbt plus \u00e9lev\u00e9.           <\/p>\n\n<p>Comme l&rsquo;aurait rappel\u00e9 Fernand Braudel, les forces d\u00e9cisives de l&rsquo;histoire \u00e9conomique sont rarement les chocs visibles. Ce sont les contraintes lentes qui s&rsquo;accumulent en dessous. <\/p>\n\n<p><strong>Le syst\u00e8me, tel qu&rsquo;il est<\/strong><\/p>\n\n<p>Ce qui change, ce n&rsquo;est pas la disponibilit\u00e9, mais la structure. Et lorsque l&rsquo;on prend du recul par rapport \u00e0 la rh\u00e9torique et que l&rsquo;on regarde le syst\u00e8me tel qu&rsquo;il fonctionne, l&rsquo;architecture devient plus claire et moins rassurante. <\/p>\n\n<p>Environ 100 millions de barils de p\u00e9trole sont consomm\u00e9s chaque jour dans le monde. Pr\u00e8s de 20 % de ce volume transite par le d\u00e9troit d&rsquo;Ormuz, tandis qu&rsquo;une autre part importante passe par le d\u00e9troit de Malacca. Le gaz naturel liqu\u00e9fi\u00e9 suit un sch\u00e9ma similaire, le Qatar repr\u00e9sentant \u00e0 lui seul environ 20 % des exportations mondiales, dont une grande partie est achemin\u00e9e par le m\u00eame couloir vuln\u00e9rable. Le charbon assure encore environ 35 \u00e0 40 % de la production mondiale d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, fortement concentr\u00e9e en Asie. Le nucl\u00e9aire fournit une charge de base stable l\u00e0 o\u00f9 il est d\u00e9ploy\u00e9, tandis que les \u00e9nergies renouvelables, bien qu&rsquo;en croissance, restent intermittentes et repr\u00e9sentent environ 12 \u00e0 15 % de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 mondiale.    <\/p>\n\n<p>Vu sans illusion, le syst\u00e8me se r\u00e9duit \u00e0 ce qui suit :<\/p>\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"392\" src=\"https:\/\/www.thebrokernews.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Bildschirmfoto-2026-04-05-um-12.40.38-1-1024x392.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-27167\" srcset=\"https:\/\/www.thebrokernews.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Bildschirmfoto-2026-04-05-um-12.40.38-1-1024x392.png 1024w, https:\/\/www.thebrokernews.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Bildschirmfoto-2026-04-05-um-12.40.38-1-300x115.png 300w, https:\/\/www.thebrokernews.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Bildschirmfoto-2026-04-05-um-12.40.38-1-768x294.png 768w, https:\/\/www.thebrokernews.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Bildschirmfoto-2026-04-05-um-12.40.38-1-1536x588.png 1536w, https:\/\/www.thebrokernews.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Bildschirmfoto-2026-04-05-um-12.40.38-1-2048x783.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n<p>Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une fragilit\u00e9 au sens dramatique du terme. Il s&rsquo;agit de concentration. Et la concentration, lorsqu&rsquo;elle est mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve, ne s&rsquo;effondre pas. Elle se refait une beaut\u00e9.   <\/p>\n\n<p>Ou, comme le dirait Thomas Schelling, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 n&rsquo;est pas due \u00e0 la seule faiblesse, mais \u00e0 des d\u00e9pendances \u00e9troites dans des syst\u00e8mes par ailleurs fonctionnels.<\/p>\n\n<p><strong>Un monde asym\u00e9trique<\/strong><\/p>\n\n<p>Cette structure se traduit directement par une exposition aux diff\u00e9rentes r\u00e9gions. Dans le domaine de l&rsquo;\u00e9nergie, la g\u00e9ographie n&rsquo;est pas accessoire. Elle est structurelle.  <\/p>\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"516\" src=\"https:\/\/www.thebrokernews.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Bildschirmfoto-2026-04-05-um-12.44.39-1024x516.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-27168\" srcset=\"https:\/\/www.thebrokernews.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Bildschirmfoto-2026-04-05-um-12.44.39-1024x516.png 1024w, https:\/\/www.thebrokernews.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Bildschirmfoto-2026-04-05-um-12.44.39-300x151.png 300w, https:\/\/www.thebrokernews.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Bildschirmfoto-2026-04-05-um-12.44.39-768x387.png 768w, https:\/\/www.thebrokernews.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Bildschirmfoto-2026-04-05-um-12.44.39-1536x774.png 1536w, https:\/\/www.thebrokernews.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Bildschirmfoto-2026-04-05-um-12.44.39-2048x1032.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n<p><strong><em>\u00ab\u00a0Les tensions actuelles autour du d\u00e9troit d&rsquo;Ormuz ne modifient pas cette carte. Elles la r\u00e9v\u00e8lent\u00a0\u00bb.<\/em><\/strong><\/p>\n\n<p>Ce co\u00fbt plus \u00e9lev\u00e9 est important parce que nos \u00e9conomies ont \u00e9t\u00e9 construites, pendant plusieurs d\u00e9cennies, sur une hypoth\u00e8se faussement g\u00e9n\u00e9reuse : l&rsquo;\u00e9nergie resterait suffisamment abondante, les transports suffisamment fluides et l&rsquo;argent suffisamment bon march\u00e9 pour que l&rsquo;ensemble de l&rsquo;architecture puisse continuer \u00e0 se d\u00e9velopper sans se heurter trop directement \u00e0 ses limites physiques. La production pourrait \u00eatre fragment\u00e9e sur plusieurs continents. Les cha\u00eenes d&rsquo;approvisionnement pourraient \u00eatre \u00e9tendues \u00e0 des longueurs extraordinaires. Le capital pouvait rester optimiste parce que les intrants de base du syst\u00e8me semblaient fiables. L&rsquo;\u00e9nergie et l&rsquo;argent bon march\u00e9 n&rsquo;ont pas r\u00e9solu tous les probl\u00e8mes, mais ils en ont dissimul\u00e9 un grand nombre. Cette dissimulation est de plus en plus difficile \u00e0 maintenir.     <\/p>\n\n<p><strong>De l&rsquo;\u00e9nergie \u00e0 l&rsquo;inflation<\/strong><\/p>\n\n<p>Lorsque l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique revient, l&rsquo;inflation cesse d&rsquo;\u00eatre une variable technique et redevient ce qu&rsquo;elle a toujours \u00e9t\u00e9 sous les mod\u00e8les : un ph\u00e9nom\u00e8ne physique. Si l&rsquo;extraction, le raffinage, l&rsquo;assurance, le transport et la transformation de ce dont l&rsquo;\u00e9conomie a besoin pour fonctionner co\u00fbtent plus cher, la structure des prix de l&rsquo;ensemble du syst\u00e8me commence \u00e0 se modifier. Pas instantan\u00e9ment, pas uniform\u00e9ment, mais indubitablement. On le voit d&rsquo;abord dans le fret, dans les engrais, dans la p\u00e9trochimie, dans les marges industrielles, dans les petites humiliations d&rsquo;une \u00e9conomie dont la complexit\u00e9 d\u00e9pend en fait de choses tr\u00e8s \u00e9l\u00e9mentaires qui arrivent l\u00e0 o\u00f9 elles doivent arriver, \u00e0 temps et \u00e0 un co\u00fbt tol\u00e9rable.   <\/p>\n\n<p>\u00c0 partir de l\u00e0, la question entre dans le domaine financier.<\/p>\n\n<p><strong>Lorsque le syst\u00e8me est r\u00e9\u00e9valu\u00e9<\/strong><\/p>\n\n<p>Les march\u00e9s obligataires sont souvent d\u00e9crits comme s&rsquo;ils appartenaient \u00e0 un plan plus \u00e9lev\u00e9, plus abstrait, quelque part au-dessus de la poussi\u00e8re et de l&rsquo;acier de l&rsquo;\u00e9conomie r\u00e9elle. En r\u00e9alit\u00e9, ils sont simplement le lieu o\u00f9 le stress physique se traduit en discipline financi\u00e8re. Si l&rsquo;\u00e9nergie rend l&rsquo;inflation plus persistante, les banques centrales sont moins libres d&rsquo;assouplir leur politique. Si les attentes en mati\u00e8re d&rsquo;inflation sont moins ancr\u00e9es, les rendements \u00e0 long terme deviennent plus difficiles \u00e0 comprimer. Si les rendements \u00e0 long terme restent \u00e9lev\u00e9s, le co\u00fbt du temps augmente non seulement pour les gouvernements, mais aussi pour les m\u00e9nages, les entreprises et toutes les institutions dont la survie d\u00e9pend du refinancement des promesses d&rsquo;hier dans les conditions de demain.    <\/p>\n\n<p>C&rsquo;est ici que le lien avec la semaine derni\u00e8re devient plus que rh\u00e9torique. Lorsque l&rsquo;\u00e9nergie devient moins s\u00fbre, le temps devient plus cher. <\/p>\n\n<p>Le m\u00e9canisme n&rsquo;est pas myst\u00e9rieux. Il est presque vulgaire dans sa simplicit\u00e9. Une \u00e9nergie plus ch\u00e8re alimente les co\u00fbts. Des co\u00fbts plus \u00e9lev\u00e9s compliquent la d\u00e9sinflation. Une inflation plus tenace limite la flexibilit\u00e9 mon\u00e9taire. Une flexibilit\u00e9 mon\u00e9taire r\u00e9duite maintient les rendements \u00e0 un niveau plus \u00e9lev\u00e9 que ce que les march\u00e9s pr\u00e9f\u00e9reraient. Des rendements plus \u00e9lev\u00e9s affaiblissent les bilans, restreignent le cr\u00e9dit et exposent tous les acteurs \u00e9conomiques qui s&rsquo;\u00e9taient habitu\u00e9s \u00e0 un monde dans lequel le temps pouvait \u00eatre emprunt\u00e9 presque gratuitement. Le langage peut \u00eatre financier, mais la logique reste physique.       <\/p>\n\n<p>Ce qui rend la situation encore plus inconfortable, c&rsquo;est que cette r\u00e9\u00e9valuation du prix de l&rsquo;argent se produit pr\u00e9cis\u00e9ment au mauvais moment. Pendant plus d&rsquo;une d\u00e9cennie, les capitaux ont \u00e9t\u00e9 abondants et bon march\u00e9. S&rsquo;il y a jamais eu une p\u00e9riode pendant laquelle des investissements \u00e0 grande \u00e9chelle dans les infrastructures \u00e9nerg\u00e9tiques, le stockage, la stabilit\u00e9 des r\u00e9seaux et la transition industrielle auraient pu \u00eatre financ\u00e9s avec une relative facilit\u00e9, c&rsquo;est bien celle-l\u00e0. Au lieu de cela, une grande partie de cette p\u00e9riode a \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ing\u00e9nierie financi\u00e8re, \u00e0 l&rsquo;inflation des actifs et, parfois, \u00e0 des engagements symboliques plus faciles \u00e0 annoncer qu&rsquo;\u00e0 mettre en \u0153uvre.   <\/p>\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui, la contrainte s&rsquo;inverse. Le capital devient plus cher au moment m\u00eame o\u00f9 son besoin devient plus urgent. La transition, qui exige de l&rsquo;envergure, de la patience et des investissements initiaux massifs, entre dans sa phase la plus intensive en capital au moment m\u00eame o\u00f9 le prix du temps recommence \u00e0 augmenter.  <\/p>\n\n<p><em><strong>La v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9sagr\u00e9able est que l&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;argent bon march\u00e9 n&rsquo;a pas servi \u00e0 r\u00e9soudre le probl\u00e8me, mais \u00e0 le retarder.<\/strong><\/em><em><strong><\/strong><\/em><\/p>\n\n<p><strong><em>\u00ab\u00a0Et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ce moment, lorsque l&rsquo;\u00e9nergie et l&rsquo;argent cessent d&rsquo;\u00eatre bon march\u00e9 simultan\u00e9ment, que la confusion intellectuelle des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies devient la plus visible. Car ce qui a souvent \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 comme une question de politique, de pr\u00e9f\u00e9rence ou m\u00eame de moralit\u00e9 s&rsquo;av\u00e8re, sous la pression, \u00eatre une question de s\u00e9quence, de discipline et de contraintes physiques\u00a0\u00bb.<\/em><\/strong><\/p>\n\n<p><strong>Une transition mal comprise<\/strong><\/p>\n\n<p>C&rsquo;est \u00e9galement la raison pour laquelle le d\u00e9bat politique habituel a tendance \u00e0 passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;essentiel. Un camp parle comme si la transition vers l&rsquo;abandon des combustibles fossiles \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 bien entam\u00e9e et ne demandait qu&rsquo;un peu plus de conviction morale. L&rsquo;autre camp parle comme si les hydrocarbures pouvaient retrouver leur innocence d&rsquo;antan si seulement l&rsquo;id\u00e9ologie s&rsquo;effa\u00e7ait. Les deux positions se flattent elles-m\u00eames. La premi\u00e8re sous-estime \u00e0 quel point l&rsquo;\u00e9nergie fossile reste ancr\u00e9e dans la civilisation industrielle. La seconde sous-estime \u00e0 quel point cette d\u00e9pendance est devenue instable et contest\u00e9e. Nous ne vivons pas apr\u00e8s l&rsquo;\u00e8re du p\u00e9trole et du gaz. Nous vivons une phase d\u00e9licate et co\u00fbteuse au cours de laquelle les soci\u00e9t\u00e9s pr\u00e9tendent quitter un syst\u00e8me \u00e9nerg\u00e9tique tout en continuant \u00e0 en d\u00e9pendre fortement.       <\/p>\n\n<p>Comme Vaclav Smil l&rsquo;a toujours affirm\u00e9, les transitions \u00e9nerg\u00e9tiques sont lentes, intensives en capital et limit\u00e9es par la physique, et non par des r\u00e9cits.<\/p>\n\n<p>Le gaz nous rappelle cette ambigu\u00eft\u00e9. Il est de bon ton d&rsquo;en parler comme d&rsquo;un combustible de transition, ce qui est une autre fa\u00e7on d&rsquo;admettre que le pont n&rsquo;a pas encore \u00e9t\u00e9 franchi. L&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 est peut-\u00eatre la destination souhait\u00e9e, mais l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 n\u00e9cessite toujours une production continue, des r\u00e9seaux stables et des capacit\u00e9s de stockage qui restent, malgr\u00e9 beaucoup de pi\u00e9t\u00e9 et de nombreuses subventions, moins miraculeuses dans la pratique que dans le langage de la conf\u00e9rence. Lorsque le vent tombe et que le soleil est absent, les \u00e9conomies deviennent rapidement moins philosophiques. Elles reviennent \u00e0 ce qui fonctionne. Souvent, c&rsquo;est le gaz. Parfois, et c&rsquo;est humiliant, c&rsquo;est le charbon. La r\u00e9alit\u00e9 a le don d&#8217;embarrasser la doctrine.       <\/p>\n\n<p><strong>La discipline des compromis<\/strong><\/p>\n\n<p>Nous sommes d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9s par l\u00e0. Les chocs p\u00e9troliers des ann\u00e9es 1970 ont mis en \u00e9vidence la d\u00e9pendance brute \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;\u00e9nergie import\u00e9e et ont oblig\u00e9 \u00e0 prendre conscience des limites physiques. La France a r\u00e9agi en prenant une d\u00e9cision strat\u00e9gique claire : elle a lanc\u00e9 un programme nucl\u00e9aire massif, construisant rapidement des dizaines de r\u00e9acteurs standardis\u00e9s. Le pari \u00e9tait pragmatique et non id\u00e9ologique. Face \u00e0 la vuln\u00e9rabilit\u00e9, la France a choisi une source d&rsquo;\u00e9nergie \u00e0 haute densit\u00e9, pouvant \u00eatre r\u00e9partie, capable de fournir une \u00e9nergie de base stable et de r\u00e9duire la d\u00e9pendance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;importations volatiles. Aujourd&rsquo;hui, le nucl\u00e9aire repr\u00e9sente encore environ 65 \u00e0 70 % de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 fran\u00e7aise.     <\/p>\n\n<p>Cette discipline \u00e0 long terme contraste avec des choix plus r\u00e9cents dans certaines r\u00e9gions d&rsquo;Europe. Des parcs \u00e9oliens ont \u00e9t\u00e9 construits. La capacit\u00e9 solaire s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e. Mais dans le m\u00eame temps, plus discr\u00e8tement, des centrales \u00e9lectriques au gaz ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 construites, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que les ing\u00e9nieurs savaient que l&rsquo;intermittence ne peut pas soutenir un syst\u00e8me industriel \u00e0 elle seule. Le paradoxe n&rsquo;est pas cach\u00e9. Il est structurel. Nous avons construit des syst\u00e8mes intermittents et, parall\u00e8lement, nous avons veill\u00e9 \u00e0 ce que quelque chose de fiable supporte la charge lorsque la r\u00e9alit\u00e9 intervient.      <\/p>\n\n<p>Le probl\u00e8me n&rsquo;est pas que les \u00e9nergies renouvelables ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9es. Le probl\u00e8me est que le syst\u00e8me n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement pens\u00e9. <\/p>\n\n<p><strong><em>\u00ab\u00a0Le stockage, seule v\u00e9ritable solution \u00e0 l&rsquo;intermittence, est rest\u00e9 le cha\u00eenon manquant.<\/em><\/strong><\/p>\n\n<p>Comme l&rsquo;a soulign\u00e9 Friedrich Hayek, l&rsquo;illusion selon laquelle les syst\u00e8mes complexes peuvent \u00eatre con\u00e7us uniquement par l&rsquo;intention, sans tenir compte des connaissances et des contraintes dispers\u00e9es, est souvent l&rsquo;erreur la plus dangereuse qui soit.<\/p>\n\n<p><strong>Stockage : le cha\u00eenon manquant<\/strong><\/p>\n\n<p>Il est donc frappant, et quelque peu ironique, que le pays qui dispose des ressources \u00e9nerg\u00e9tiques les plus abondantes et les plus diversifi\u00e9es, les \u00c9tats-Unis, montre actuellement l&rsquo;une des voies les plus pragmatiques pour relever le d\u00e9fi du stockage pour les applications industrielles. Des entreprises telles qu&rsquo;Antora Energy d\u00e9veloppent des batteries thermiques qui stockent l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 exc\u00e9dentaire sous forme de chaleur \u00e0 haute temp\u00e9rature dans des mat\u00e9riaux abondants et peu co\u00fbteux tels que des blocs de carbone solides. Ces syst\u00e8mes fournissent ensuite une chaleur industrielle fiable ou la convertissent en \u00e9lectricit\u00e9 sur demande.  <\/p>\n\n<p>Plusieurs concurrents am\u00e9ricains proposent des approches similaires :<\/p>\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"308\" src=\"https:\/\/www.thebrokernews.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Bildschirmfoto-2026-04-05-um-12.59.04-1024x308.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-27169\" srcset=\"https:\/\/www.thebrokernews.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Bildschirmfoto-2026-04-05-um-12.59.04-1024x308.png 1024w, https:\/\/www.thebrokernews.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Bildschirmfoto-2026-04-05-um-12.59.04-300x90.png 300w, https:\/\/www.thebrokernews.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Bildschirmfoto-2026-04-05-um-12.59.04-768x231.png 768w, https:\/\/www.thebrokernews.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Bildschirmfoto-2026-04-05-um-12.59.04-1536x462.png 1536w, https:\/\/www.thebrokernews.ch\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Bildschirmfoto-2026-04-05-um-12.59.04-2048x616.png 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n<p>La Chine, quant \u00e0 elle, d\u00e9veloppe massivement l&rsquo;\u00e9nergie solaire concentr\u00e9e (CSP) avec stockage de sels fondus et les batteries traditionnelles. L&rsquo;Europe, en revanche, risque de se situer entre l&rsquo;ambition et l&rsquo;ex\u00e9cution, forte de ses objectifs, moins d\u00e9cisive dans l&rsquo;int\u00e9gration des syst\u00e8mes. <\/p>\n\n<p><strong>Le changement silencieux<\/strong><\/p>\n\n<p>Cela ne signifie pas que la catastrophe est in\u00e9vitable. Cela signifie quelque chose de plus sobre et peut-\u00eatre de plus s\u00e9rieux : l&rsquo;ajustement est in\u00e9vitable. Les pays les mieux positionn\u00e9s ne seront pas ceux qui ont les meilleures histoires. Ce sont ceux qui disposent de redondances, de ressources et de discipline.   <\/p>\n\n<p>L&rsquo;Afrique, souvent absente des discussions strat\u00e9giques, reste la plus expos\u00e9e. Non pas en raison d&rsquo;une d\u00e9pendance \u00e9nerg\u00e9tique directe, mais parce que l&rsquo;\u00e9nergie se transmet en nourriture, et la nourriture en stabilit\u00e9. Lorsque l&rsquo;\u00e9nergie augmente, la nourriture suit. Et lorsque la nourriture suit, l&rsquo;ajustement cesse d&rsquo;\u00eatre th\u00e9orique.   <\/p>\n\n<p><strong>Conclusion : rendements d&rsquo;\u00e9quilibre<\/strong><\/p>\n\n<p>Les chocs \u00e9nerg\u00e9tiques ne mettent pas fin aux syst\u00e8mes. Ils les r\u00e9v\u00e8lent. Pendant des ann\u00e9es, les \u00e9conomies avanc\u00e9es ont cultiv\u00e9 l&rsquo;illusion que la valeur \u00e9tait en apesanteur. Pourtant, rien de fondamental n&rsquo;a chang\u00e9. L&rsquo;acier a toujours besoin de chaleur. Les engrais ont toujours besoin de gaz. Les transports ont toujours besoin de carburant. Les donn\u00e9es ont toujours besoin d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9.       <\/p>\n\n<p>Les obligations nous disent ce qu&rsquo;il en co\u00fbte pour tenir une promesse. L&rsquo;\u00e9nergie nous dit ce qu&rsquo;il en co\u00fbte pour soutenir une civilisation. Lorsque les deux sont r\u00e9\u00e9valu\u00e9s, le message n&rsquo;est pas l&rsquo;effondrement. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une contrainte.   <\/p>\n\n<p>Pendant des ann\u00e9es, l&rsquo;argent a dissimul\u00e9 ces limites. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;\u00e9nergie les r\u00e9v\u00e8le. Le syst\u00e8me ne se brisera pas. Il deviendra simplement plus honn\u00eate. Un nouvel \u00e9quilibre \u00e9mergera, non pas parce qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u, mais parce qu&rsquo;il devient in\u00e9vitable.    <\/p>\n\n<p>Comme l&rsquo;a \u00e9crit Albert Hirschman, le progr\u00e8s n&rsquo;est souvent pas le fruit d&rsquo;une planification parfaite, mais des pressions qui obligent les syst\u00e8mes \u00e0 s&rsquo;adapter. Nous vivons l&rsquo;un de ces moments. <\/p>\n\n<p><strong><em>Et cette fois-ci, la facture est pr\u00e9sent\u00e9e avec \u00e9nergie et pay\u00e9e \u00e0 temps.<\/em><\/strong><\/p>\n\n<p><strong><em>Il s&rsquo;av\u00e8re que le temps n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 gratuit. Il \u00e9tait simplement sous-\u00e9valu\u00e9. <\/em><\/strong><\/p>\n\n<p>Eric Lefebvre<\/p>\n\n<p>Lire aussi : <a href=\"https:\/\/www.thebrokernews.ch\/fr\/le-systeme-fonctionne-au-sang-e-lefebvre\/\">Le syst\u00e8me fonctionne au sang<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La semaine derni\u00e8re, il \u00e9tait question du prix du temps, cette semaine, il est question de ce qui le d\u00e9termine \u00e0 la base : l&rsquo;\u00e9nergie. 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