{"id":27853,"date":"2026-05-05T04:00:00","date_gmt":"2026-05-05T02:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.thebrokernews.ch\/?p=27853"},"modified":"2026-05-04T09:45:17","modified_gmt":"2026-05-04T07:45:17","slug":"le-bilan-national-actifs-etat-hartwick","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.thebrokernews.ch\/fr\/le-bilan-national-actifs-etat-hartwick\/","title":{"rendered":"Le bilan national : Les actifs de l&rsquo;\u00e9tat, la r\u00e8gle de Hartwick et la gestion des nations"},"content":{"rendered":"<div class=\"ccfic\"><span class=\"ccfic-text\">Le bilan national : Eric Lefebvre dit pourquoi un pays est bien plus qu'un simple trac\u00e9 sur une carte.<\/span><\/div>\n\n<p><strong>Un \u00c9tat n&rsquo;est pas une entit\u00e9 statique, mais un \u00e9quilibre dynamique entre les actifs h\u00e9rit\u00e9s et les obligations futures. Quiconque comprend cette logique reconna\u00eet que la prosp\u00e9rit\u00e9 n&rsquo;est pas cr\u00e9\u00e9e par les seules ressources, mais par la capacit\u00e9 \u00e0 les pr\u00e9server et \u00e0 les accro\u00eetre au profit des g\u00e9n\u00e9rations futures, et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que la r\u00e8gle de Hartwick entre en jeu.   <\/strong><\/p>\n\n<p>Un pays est bien plus que des lignes sur une carte, des statuts dans des livres ou des relev\u00e9s trimestriels du PIB. Au fond, il fonctionne comme un vaste bilan vivant, un grand livre qui enregistre la richesse h\u00e9rit\u00e9e des g\u00e9n\u00e9rations pass\u00e9es et l&rsquo;h\u00e9ritage d\u00fb aux g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir. <\/p>\n\n<p>Les actifs se dressent comme les for\u00eats anciennes et les veines des montagnes : les ressources naturelles encore enferm\u00e9es dans la terre, les routes et les ports anim\u00e9s par le commerce, les usines et les id\u00e9es qui stimulent la productivit\u00e9, les r\u00e9serves \u00e9trang\u00e8res accumul\u00e9es comme des provisions pour les temp\u00eates, et le pouvoir tranquille de pr\u00e9lever des imp\u00f4ts \u00e0 l&rsquo;avenir.<\/p>\n\n<p>Les passifs se profilent comme des nuages d&rsquo;orage qui s&rsquo;amoncellent : dette publique, promesses de pensions et de soins de sant\u00e9, et obligations conditionnelles qui ne r\u00e9v\u00e8lent souvent tout leur poids que lorsque les vents \u00e9conomiques hurlent.<\/p>\n\n<p>La diff\u00e9rence entre ces deux colonnes, cette revendication r\u00e9siduelle, est l&rsquo;\u00e9quit\u00e9 implicite d&rsquo;une nation. Les citoyens sont les actionnaires ultimes. Ils profitent des b\u00e9n\u00e9fices lorsque la gestion est judicieuse et absorbent les pertes lorsqu&rsquo;elle est d\u00e9faillante. Les soci\u00e9t\u00e9s \u00e9mettent des actions n\u00e9gociables que les propri\u00e9taires peuvent vendre ; les nations n&rsquo;en \u00e9mettent pas. Pourtant, cette \u00e9quit\u00e9 est profond\u00e9ment r\u00e9elle. Elle se manifeste par la capacit\u00e9 de la nation \u00e0 traverser les temp\u00eates sans chavirer, \u00e0 conserver la confiance des march\u00e9s et des alli\u00e9s et \u00e0 transmettre \u00e0 la prochaine g\u00e9n\u00e9ration un sol plus riche et non \u00e9puis\u00e9.     <\/p>\n\n<p>Il est rarement inscrit dans un registre officiel. Elle ne peut pas \u00eatre proprement mise sur le march\u00e9 chaque trimestre. Mais sa pr\u00e9sence, ou son \u00e9rosion, fa\u00e7onne le destin de soci\u00e9t\u00e9s enti\u00e8res, tout comme la quille invisible d&rsquo;un navire d\u00e9termine s&rsquo;il fend les vagues ou s&rsquo;y enfonce.  <\/p>\n\n<p>Les \u00e9conomistes s&rsquo;interrogent depuis longtemps sur la mani\u00e8re de mesurer, de prot\u00e9ger et d&rsquo;accro\u00eetre cette force r\u00e9siduelle. Jeffrey Sachs et Andrew Warner ont mis en \u00e9vidence la \u00ab\u00a0mal\u00e9diction des ressources\u00a0\u00bb, en montrant comment l&rsquo;abondance des ressources peut devenir un cadeau empoisonn\u00e9, engendrant volatilit\u00e9, recherche de rentes et ralentissement de la croissance au lieu d&rsquo;une large prosp\u00e9rit\u00e9. Joseph E. Stiglitz et ses collaborateurs ont affirm\u00e9 que le v\u00e9ritable \u00e9chec n&rsquo;est pas de poss\u00e9der des ressources, mais de ne pas transformer des b\u00e9n\u00e9fices \u00e9ph\u00e9m\u00e8res en capital durable.  <\/p>\n\n<p>En 1977, James M. Hartwick a propos\u00e9 la boussole op\u00e9rationnelle la plus claire : pour garantir l&rsquo;\u00e9quit\u00e9 interg\u00e9n\u00e9rationnelle, il faut investir toutes les rentes provenant de ressources \u00e9puisables dans du capital reproductible ou financier. L&rsquo;\u00e9puisement d&rsquo;une forme de richesse nationale doit \u00eatre compens\u00e9 par la construction d&rsquo;une autre, sinon le grand livre se vide lentement de son contenu. <\/p>\n\n<p>Cette id\u00e9e recadre tout. L&rsquo;extraction du p\u00e9trole n&rsquo;est pas un \u00ab\u00a0revenu\u00a0\u00bb \u00e0 d\u00e9penser comme les b\u00e9n\u00e9fices des r\u00e9coltes. Il s&rsquo;agit de la vente de l&rsquo;argenterie familiale, une conversion ponctuelle du capital qui exige un r\u00e9investissement si l&rsquo;on veut que le patrimoine perdure. Un exc\u00e9dent budg\u00e9taire n&rsquo;est pas automatiquement vertueux si ces fonds ne sont pas conserv\u00e9s et capitalis\u00e9s comme des graines plant\u00e9es pour une r\u00e9colte future.   <\/p>\n\n<p>Les fonds souverains deviennent le pont pratique : des m\u00e9canismes qui transforment des ressources limit\u00e9es en \u00e9quit\u00e9 durable pour les citoyens en tant que v\u00e9ritables demandeurs r\u00e9siduels.<\/p>\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une clarification n\u00e9cessaire<\/strong><\/h6>\n\n<p>Nous nous concentrons ici strictement sur les nations souveraines. \u00ab\u00a0L&rsquo;Europe est une riche tapisserie de pays distincts, chacun ayant son propre livre de comptes, ses propres r\u00e9alit\u00e9s fiscales et ses propres citoyens-actionnaires. Elle ne poss\u00e8de ni tr\u00e9sor unifi\u00e9, ni bilan consolid\u00e9 unique, ni capacit\u00e9 collective \u00e0 absorber les chocs au nom de tous.  <\/p>\n\n<p>Sans un grand livre souverain coh\u00e9rent, il ne peut y avoir d&rsquo;\u00e9quit\u00e9 unifi\u00e9e.<\/p>\n\n<p>L&rsquo;analyse est donc centr\u00e9e sur les nations individuelles, chacune \u00e9tant responsable en dernier ressort devant son propre peuple.<\/p>\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>Quand les nations agissent en propri\u00e9taires responsables : Hartwick en pratique<\/strong><\/h6>\n\n<p>Les pays qui pr\u00e9servent le mieux l&rsquo;\u00e9quit\u00e9 souveraine partagent une reconnaissance durement acquise : les revenus des ressources ne sont pas des revenus ordinaires qui coulent comme une rivi\u00e8re. Elles repr\u00e9sentent la transformation et l&rsquo;\u00e9puisement potentiel du capital national, comme l&rsquo;abattage d&rsquo;une for\u00eat ancienne sans replantation. <\/p>\n\n<p>\u00c0 moins d&rsquo;\u00eatre d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment remplac\u00e9e, l&rsquo;abondance d&rsquo;aujourd&rsquo;hui se fait au d\u00e9triment de celle de demain.<\/p>\n\n<p>Un groupe restreint de nations a b\u00e2ti des institutions solides autour de cette v\u00e9rit\u00e9, transformant la r\u00e8gle de Hartwick de th\u00e9orie en pratique vivante.<\/p>\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>Fonds souverains et transformation des capitaux<\/strong><\/h6>\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table class=\"has-fixed-layout\"><tbody><tr><td><strong>Pays<\/strong><\/td><td><strong>Fonds<\/strong><\/td><td><strong>Fond\u00e9e<\/strong><\/td><td><strong>Taille approximative <\/strong><\/td><td><strong>Interpr\u00e9tation<\/strong><\/td><\/tr><tr><td><strong>Norv\u00e8ge<\/strong><strong><\/strong><\/td><td>Fonds de pension de l&rsquo;\u00c9tat Global<\/td><td>1990 (entr\u00e9es 1996)<\/td><td>2,0 milliards de dollars<\/td><td>L&rsquo;\u00e9quit\u00e9 interg\u00e9n\u00e9rationnelle pure<\/td><\/tr><tr><td><strong>EAU (Abu Dhabi)<\/strong><\/td><td>ADIA<\/td><td>1976<\/td><td>1,0 milliard de dollars et plus<\/td><td>Pr\u00e9servation du capital \u00e0 long terme<\/td><\/tr><tr><td><strong>Arabie Saoudite<\/strong><strong><\/strong><\/td><td>PIF<\/td><td>1971 (changement majeur en 2015)<\/td><td>900 milliards de dollars et plus<\/td><td>Transformation + retours strat\u00e9giques<\/td><\/tr><tr><td><strong>Chine<\/strong><\/td><td>CIC \/ SAFE<\/td><td>2007 \/ 1997<\/td><td>1 \u00e0 3 milliards de dollars combin\u00e9s<\/td><td>Strat\u00e9gique + financier<\/td><\/tr><tr><td><strong>Russie<\/strong><strong><\/strong><\/td><td>Fonds national de patrimoine<\/td><td>2008<\/td><td>150 milliards de dollars<\/td><td>Tampon de stabilisation<\/td><\/tr><tr><td><strong>Australie<\/strong><\/td><td>Fonds pour l&rsquo;avenir<\/td><td>2006<\/td><td>200 milliards de dollars<\/td><td>Financement du passif<\/td><\/tr><tr><td><strong>Canada<\/strong><strong><\/strong><\/td><td>Investissements du RPC<\/td><td>1997<\/td><td>500 milliards de dollars et plus<\/td><td>Capitaux de pension<\/td><\/tr><tr><td><strong>Japon<\/strong><\/td><td>GPIF<\/td><td>2006 (r\u00e9forme)<\/td><td>1,8 milliard de dollars<\/td><td>Capital li\u00e9 au passif<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n<p>La Norv\u00e8ge est l&rsquo;incarnation la plus claire et la plus disciplin\u00e9e de la r\u00e8gle de Hartwick, un jardinier patient transformant une d\u00e9couverte p\u00e9troli\u00e8re ponctuelle en une for\u00eat durable d&rsquo;actifs financiers. Les recettes sont exclues des d\u00e9penses ordinaires et investies dans le monde entier, en grande partie \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, afin d&rsquo;\u00e9viter que l&rsquo;\u00e9conomie ne surchauffe comme une serre. Seul le rendement r\u00e9el attendu \u00e0 long terme peut entrer dans le budget, laissant le capital intact comme du ma\u00efs de semence prot\u00e9g\u00e9.  <\/p>\n\n<p>Le fonds d\u00e9passe aujourd&rsquo;hui les 2 000 milliards de dollars et d\u00e9tient des participations importantes dans des entreprises du monde entier. La Norv\u00e8ge ne s&rsquo;est pas content\u00e9e de surfer sur la vague p\u00e9troli\u00e8re ; elle a transform\u00e9 un actif naturel en voie d&rsquo;\u00e9puisement en un capital perp\u00e9tuel qui fait vivre chaque citoyen de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. <\/p>\n\n<p>Les \u00c9tats du Golfe ont suivi des voies parall\u00e8les avec leurs propres accents. L&rsquo;ADIA d&rsquo;Abou Dhabi a constitu\u00e9 des participations r\u00e9guli\u00e8res et \u00e0 long terme, \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un intendant attentif qui agrandit le domaine familial. Le PIF d&rsquo;Arabie saoudite op\u00e8re de mani\u00e8re plus audacieuse, utilisant le capital \u00e0 la fois comme bouclier et comme \u00e9p\u00e9e dans le cadre de Vision 2030, r\u00e9affectant l&rsquo;\u00e9conomie vers de nouvelles industries tout en pr\u00e9servant la richesse.  <\/p>\n\n<p>Ici, l&rsquo;\u00e9quit\u00e9 n&rsquo;est pas une r\u00e9serve passive, mais un catalyseur actif qui remod\u00e8le l&rsquo;h\u00e9ritage national.<\/p>\n\n<p>La Chine et la Russie apportent une nuance importante. Leurs grands v\u00e9hicules associent l&rsquo;accumulation \u00e0 un objectif strat\u00e9gique. Les fonds chinois recyclent les exc\u00e9dents tout en poursuivant des objectifs industriels et g\u00e9opolitiques plus larges. Le fonds russe constitue un tampon budg\u00e9taire, mais les pressions ext\u00e9rieures peuvent limiter sa man\u0153uvrabilit\u00e9.   <\/p>\n\n<p>Dans les deux cas, la valeur r\u00e9elle des fonds propres souverains ne d\u00e9pend pas seulement de leur taille, mais aussi de leur libert\u00e9 d&rsquo;action, comme un capital qui peut \u00eatre d\u00e9ploy\u00e9 sans cha\u00eenes.<\/p>\n\n<p>Le Canada et l&rsquo;Australie incarnent une discipline plus calme et plus d\u00e9fensive. Leurs fonds sont ax\u00e9s sur la pr\u00e9voyance, le pr\u00e9financement des retraites et des engagements, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait de constituer des provisions en pr\u00e9vision d&rsquo;un long hiver. <\/p>\n\n<p><strong><em>Il s&rsquo;agit de fonds propres construits pour durer plut\u00f4t que pour se d\u00e9velopper de mani\u00e8re agressive.<\/em><\/strong><\/p>\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>Lorsque les capitaux propres sont int\u00e9gr\u00e9s plut\u00f4t qu&rsquo;explicitement d\u00e9clar\u00e9s<\/strong><\/h6>\n\n<p>La puissance souveraine n&rsquo;arrive pas toujours avec l&rsquo;\u00e9tiquette brillante d&rsquo;un fonds d\u00e9di\u00e9. Certaines nations l&rsquo;accumulent discr\u00e8tement par d&rsquo;autres voies institutionnelles, comme les racines qui renforcent un arbre sous la surface. <\/p>\n\n<p>La Suisse offre l&rsquo;exemple le plus \u00e9l\u00e9gant d&rsquo;\u00e9quit\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e. Gr\u00e2ce \u00e0 une gestion soutenue de la monnaie, la Banque nationale suisse a cultiv\u00e9 un important portefeuille d&rsquo;actifs \u00e9trangers (environ 800 \u00e0 900 milliards de dollars). Les autorit\u00e9s soulignent son r\u00f4le dans la stabilit\u00e9 mon\u00e9taire et la liquidit\u00e9.  <\/p>\n\n<p>Pourtant, sur le plan fonctionnel, ces r\u00e9serves agissent comme un capital souverain, g\u00e9n\u00e9rant des rendements, amortissant les chocs et renfor\u00e7ant la r\u00e9silience nationale, tel un ballast cach\u00e9 qui stabilise le navire en cas de mer agit\u00e9e. La Suisse a constitu\u00e9 des fonds propres sans les nommer officiellement. <\/p>\n\n<p>Le Japon suit une logique diff\u00e9rente. Son fonds d&rsquo;investissement pour les pensions de l&rsquo;\u00c9tat est \u00e9norme, mais la dette publique est \u00e9galement importante. La stabilit\u00e9 d\u00e9coule de la propri\u00e9t\u00e9 nationale des engagements, d&rsquo;institutions de confiance et de la coh\u00e9rence interne, d&rsquo;un bilan maintenu moins par des actifs exc\u00e9dentaires que par un rigoureux contr\u00f4le interne de ses obligations.  <\/p>\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les \u00c9tats-Unis : L&rsquo;\u00e9quit\u00e9 syst\u00e9mique et sa nature conditionnelle<\/strong><\/h6>\n\n<p>L&rsquo;Am\u00e9rique se trouve dans une cat\u00e9gorie \u00e0 part. Elle ne dispose pas d&rsquo;un grand fonds souverain f\u00e9d\u00e9ral traditionnel, et ses engagements explicites sont consid\u00e9rables et croissants. Pourtant, elle conserve une remarquable marge de man\u0153uvre financi\u00e8re.  <\/p>\n\n<p>Cette flexibilit\u00e9 ne d\u00e9coule pas d&rsquo;une comptabilit\u00e9 conventionnelle sup\u00e9rieure, mais d&rsquo;une position unique dans le syst\u00e8me mondial. Le r\u00f4le du dollar en tant que principale monnaie de r\u00e9serve mondiale, la profondeur des march\u00e9s de capitaux et sa position g\u00e9opolitique cr\u00e9ent une demande ext\u00e9rieure persistante pour les engagements am\u00e9ricains, un filet de s\u00e9curit\u00e9 invisible tiss\u00e9 par d&rsquo;autres. <\/p>\n\n<p>Comme l&rsquo;a expliqu\u00e9 Barry Eichengreen, en s&rsquo;appuyant sur le \u00ab\u00a0privil\u00e8ge exorbitant\u00a0\u00bb de Val\u00e9ry Giscard d&rsquo;Estaing, cet arrangement permet aux \u00c9tats-Unis de financer leurs d\u00e9ficits \u00e0 des conditions avantageuses. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un capital partiellement externalis\u00e9 : le monde aide \u00e0 supporter une partie du bilan de l&rsquo;Am\u00e9rique. <\/p>\n\n<p>Ce privil\u00e8ge est puissant mais conditionnel. Il repose sur le maintien de la confiance mondiale. L&rsquo;augmentation du fardeau de la dette et des co\u00fbts d&rsquo;int\u00e9r\u00eat met ses limites \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve, comme un pont dont la charge augmente alors m\u00eame que ses fondations sont examin\u00e9es \u00e0 la loupe. Les \u00c9tats-Unis ne manquent pas de fonds propres ; ils en d\u00e9tiennent une grande partie de mani\u00e8re implicite.   <\/p>\n\n<p>La question qui se pose est de savoir s&rsquo;il est suffisant de s&rsquo;appuyer sur cette architecture invisible ou s&rsquo;il convient de mettre en place des structures plus explicites.<\/p>\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>La France, l&rsquo;Allemagne et le Royaume-Uni : La force sans la grande capitalisation souveraine<\/strong><\/h6>\n\n<p>Ces pays illustrent un autre \u00e9quilibre viable, prosp\u00e8re, productif et institutionnellement sain, mais fonctionnant avec des r\u00e9serves explicites de fonds propres souverains relativement limit\u00e9es.<\/p>\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table class=\"has-fixed-layout\"><tbody><tr><td><strong>Pays<\/strong><\/td><td><strong>Structure<\/strong><\/td><td><strong>R\u00e9alit\u00e9 fonctionnelle<\/strong><\/td><\/tr><tr><td><strong>Allemagne<\/strong><strong><\/strong><\/td><td>Fonds limit\u00e9s (par exemple, KENFO)<\/td><td>L&rsquo;accent est mis sur la discipline en mati\u00e8re de responsabilit\u00e9<\/td><\/tr><tr><td><strong>France<\/strong><\/td><td>Bpifrance et outils similaires<\/td><td>D\u00e9ploiement strat\u00e9gique sur les fonds propres conserv\u00e9s<\/td><\/tr><tr><td><strong>Royaume-Uni<\/strong><strong><\/strong><\/td><td>Des initiatives modestes<\/td><td>Recours aux march\u00e9s priv\u00e9s et \u00e0 la profondeur financi\u00e8re<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n<p>L&rsquo;Allemagne donne la priorit\u00e9 au contr\u00f4le des engagements et au maintien de la cr\u00e9dibilit\u00e9 budg\u00e9taire, en pr\u00e9servant l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de son bilan comme un m\u00e9nage qui \u00e9vite de s&rsquo;endetter \u00e0 nouveau. La France oriente les outils de l&rsquo;\u00c9tat vers des objectifs industriels et politiques, en d\u00e9ployant activement le capital plut\u00f4t qu&rsquo;en l&rsquo;accumulant comme une vaste r\u00e9serve nationale. Le Royaume-Uni tire parti du dynamisme du secteur priv\u00e9 et du r\u00f4le financier de Londres.  <\/p>\n\n<p>Dans chaque cas, la force nationale est r\u00e9elle, mais elle n&rsquo;est pas fortement capitalis\u00e9e au niveau souverain. Cette approche permet de naviguer en douceur par beau temps, mais laisse des marges plus minces lorsque les temp\u00eates s&rsquo;intensifient. <\/p>\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>Recadrer le paysage mondial<\/strong><\/h6>\n\n<p>Une fois examin\u00e9 sous l&rsquo;angle de l&rsquo;\u00e9quit\u00e9 souveraine, le monde se divise moins en fonction de la richesse actuelle que de la fa\u00e7on dont les nations tiennent leurs livres de comptes.<\/p>\n\n<p><strong>Comment les pays g\u00e8rent-ils les fonds propres souverains ?<\/strong><\/p>\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Constructeurs d&rsquo;actions explicites (Norv\u00e8ge, \u00c9mirats arabes unis, Arabie saoudite) :<\/strong> Convertir les ressources en voie d&rsquo;\u00e9puisement en capital financier diversifi\u00e9 et compos\u00e9, en suivant fid\u00e8lement la r\u00e8gle de plantation de Hartwick.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Gestionnaires du passif (Canada, Australie, Japon) :<\/strong> Pr\u00e9financer les obligations futures, comme mettre de c\u00f4t\u00e9 des magasins pour des besoins futurs connus.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Syst\u00e8mes de capitaux strat\u00e9giques (Chine, Russie) :<\/strong> Int\u00e9grer les actifs dans des cadres politiques et de d\u00e9veloppement plus larges.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Syst\u00e8mes d&rsquo;\u00e9quit\u00e9 int\u00e9gr\u00e9s (Suisse) :<\/strong> S&rsquo;accumulent discr\u00e8tement par le biais des op\u00e9rations mon\u00e9taires, comme des racines qui renforcent l&rsquo;arbre sans qu&rsquo;on les voie.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Fonds propres syst\u00e9miques (\u00c9tats-Unis) :<\/strong> Tirer parti de l&rsquo;architecture mon\u00e9taire et financi\u00e8re mondiale en tant que structure de soutien \u00e9tendue.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Force non capitalis\u00e9e (France, Allemagne, Royaume-Uni) :<\/strong> S&rsquo;appuient principalement sur la productivit\u00e9, la fiscalit\u00e9 et les march\u00e9s priv\u00e9s, naviguant sur la lanc\u00e9e actuelle plut\u00f4t que sur des r\u00e9serves stock\u00e9es.<\/li>\n<\/ul>\n\n<p>La ligne de d\u00e9marcation se situe entre les nations qui remplacent syst\u00e9matiquement leurs actifs \u00e9puis\u00e9s et pr\u00e9financent leurs obligations, et celles qui d\u00e9pendent d&rsquo;une croissance continue, d&rsquo;une cr\u00e9dibilit\u00e9 ou d&rsquo;un privil\u00e8ge ext\u00e9rieur.<\/p>\n\n<h6 class=\"wp-block-heading\"><strong>Observation finale<\/strong><\/h6>\n\n<p>En th\u00e9orie, les citoyens sont les propri\u00e9taires de la nation. En pratique, ils sont les demandeurs r\u00e9siduels qui h\u00e9ritent des cons\u00e9quences de l&rsquo;\u00e9rosion de l&rsquo;\u00e9quit\u00e9. <\/p>\n\n<p>La r\u00e8gle de Hartwick, les avertissements de Sachs et Stiglitz et l&rsquo;analyse des privil\u00e8ges syst\u00e9miques convergent tous vers la m\u00eame discipline : traiter les ressources et les exc\u00e9dents nationaux comme un capital \u00e0 g\u00e9rer au fil des g\u00e9n\u00e9rations, et non comme une r\u00e9colte inattendue.<\/p>\n\n<p>Les effets se d\u00e9ploient progressivement, comme un sol qui perd lentement de sa fertilit\u00e9 ou une coque de navire qui accumule les bernacles, rarement spectaculaires en une seule ann\u00e9e, mais d\u00e9cisifs sur plusieurs d\u00e9cennies. L&rsquo;\u00e9quit\u00e9 souveraine n&rsquo;est pas d\u00e9clar\u00e9e haut et fort sur un grand livre. Elle se r\u00e9v\u00e8le discr\u00e8tement dans la r\u00e9silience d&rsquo;une nation, son espace politique et les opportunit\u00e9s offertes \u00e0 sa population.  <\/p>\n\n<p>Lorsqu&rsquo;il est absent ou n\u00e9glig\u00e9, l&rsquo;ajustement ne dispara\u00eet pas. Il est report\u00e9 sur les seules parties prenantes qui ne peuvent pas vendre leurs actions ou s&rsquo;en aller : les citoyens eux-m\u00eames. <\/p>\n\n<p>Contrairement aux capitaux mobiles ou aux dettes refinanc\u00e9es, ils restent ancr\u00e9s dans le r\u00e9sultat. Leur prosp\u00e9rit\u00e9 ou les charges qu&rsquo;ils supportent r\u00e9v\u00e8lent en fin de compte si un pays a r\u00e9ellement pr\u00e9serv\u00e9 ses fonds propres souverains ou s&rsquo;il les a tranquillement d\u00e9pens\u00e9s. <\/p>\n\n<p>Dans le grand livre de l&rsquo;histoire, c&rsquo;est la mesure qui compte le plus.<\/p>\n\n<p>Eric Lefebvre<\/p>\n\n<p>Lire aussi : <a href=\"https:\/\/www.thebrokernews.ch\/fr\/le-cout-de-la-croissance-deric-lefebvre\/\">Le co\u00fbt de la croissance<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un \u00c9tat n&rsquo;est pas une entit\u00e9 statique, mais un \u00e9quilibre dynamique entre les actifs h\u00e9rit\u00e9s et les obligations futures. Quiconque comprend cette logique reconna\u00eet que la prosp\u00e9rit\u00e9 n&rsquo;est pas cr\u00e9\u00e9e [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":27857,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"inline_featured_image":false,"_price":"","_stock":"","_tribe_ticket_header":"","_tribe_default_ticket_provider":"","_tribe_ticket_capacity":"0","_ticket_start_date":"","_ticket_end_date":"","_tribe_ticket_show_description":"","_tribe_ticket_show_not_going":false,"_tribe_ticket_use_global_stock":"","_tribe_ticket_global_stock_level":"","_global_stock_mode":"","_global_stock_cap":"","_tribe_rsvp_for_event":"","_tribe_ticket_going_count":"","_tribe_ticket_not_going_count":"","_tribe_tickets_list":"[]","_tribe_ticket_has_attendee_info_fields":false,"footnotes":""},"categories":[9546,9547],"tags":[11989,11993,11995,11996,11992,11990,11997,11994,11991],"class_list":["post-27853","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualites","category-generalites","tag-analyse","tag-bilan-national","tag-conversion-du-capital","tag-declaration","tag-fonds-propres","tag-france","tag-le-paysage-mondial","tag-regle-de-hartwick","tag-responsable","ownarticle"],"acf":[],"cc_featured_image_caption":{"caption_text":"Le bilan national : Eric Lefebvre dit pourquoi un pays est bien plus qu'un simple trac\u00e9 sur une carte.","source_text":"","source_url":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.thebrokernews.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27853","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.thebrokernews.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.thebrokernews.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.thebrokernews.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.thebrokernews.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=27853"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.thebrokernews.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27853\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":27858,"href":"https:\/\/www.thebrokernews.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/27853\/revisions\/27858"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.thebrokernews.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/27857"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.thebrokernews.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=27853"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.thebrokernews.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=27853"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.thebrokernews.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=27853"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}