Entretien avec Pierre Perrenoud : Repenser l’assurance à travers des récits

Vingt livres, une question : que reste-t-il de l’assurance lorsqu’on la dépouille de son jargon technique et qu’on la décrit à nouveau pour ce qu’elle est véritablement, à savoir une […]


20 livres sur l'assurance, expliqués simplement par le créateur de Paul the Insurer.

20 livres sur l'assurance, expliqués simplement par le créateur de Paul the Insurer.

20 livres sur l'assurance, expliqués simplement par le créateur de Paul the Insurer.

Vingt livres, une question : que reste-t-il de l’assurance lorsqu’on la dépouille de son jargon technique et qu’on la décrit à nouveau pour ce qu’elle est véritablement, à savoir une réponse humaine à l’incertitude ? C’est précisément ce que Pierre Perrenoud s’est attaché à faire, non pas à l’aide de manuels, mais à travers des récits et des dialogues. Dans cet entretien, il explique pourquoi la fiction en dit plus long sur l’avenir du secteur que n’importe quelle présentation stratégique, et pourquoi l’intelligence artificielle ne rend pas les courtiers obsolètes, mais rend au contraire leur jugement d’autant plus important.

Certains auteurs abordent le thème de l’assurance parce qu’ils y voient un modèle économique. D’autres y voient une histoire de confiance, de solidarité et d’action humaine face à l’incertitude. Pierre Perrenoud Il appartient clairement à la deuxième catégorie, et ce n’est pas d’hier. Il a travaillé pour Swiss Re à Zurich pendant plus de 35 ans, dont une partie en tant que membre du comité exécutif du groupe. Quiconque connaît un secteur de l’intérieur depuis si longtemps aurait toutes les raisons de le décrire tel qu’il est. M. Perrenoud a toutefois choisi de le présenter tel qu’il pourrait être : d’abord en tant que créateur de la série de podcasts «Paul l’assureur», un concept destiné à donner à ce secteur un visage plus humain, et désormais en tant qu’auteur d’une série complète de livres.

Dans l’entretien qui suit, M. Perrenoud explique pourquoi il privilégie le dialogue plutôt que les manuels, pourquoi se tourner vers le passé permet d’entrevoir plus clairement l’avenir du secteur, et pourquoi la plus grande menace qui pèse sur les assureurs établis n’est pas l’ignorance, mais un manque d’imagination.

Pierre, vous avez écrit plus de vingt ouvrages sur l’assurance. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans un projet d’une telle envergure ?

Je n’avais pas pour objectif initial d’écrire une série d’ouvrages. Chaque livre est né d’une question : comment former les futurs professionnels de l’assurance ? Que se passe-t-il lorsque la technologie rend l’assurance invisible ? Les assureurs peuvent-ils couvrir des risques pour lesquels il n’existe aucune statistique ? Le simple fait de verser une indemnité suffit-il à aider quelqu’un à se remettre ? Peu à peu, ces ouvrages sont devenus les différents volets d’une même réflexion : ce qu’a été l’assurance, ce qu’elle est aujourd’hui et ce qu’elle pourrait devenir.

Quel est le fil conducteur qui relie des ouvrages aussi différents ?

Ils tentent tous de reconnecter l’assurance à la vie. L’assurance ne se résume pas à des primes, des contrats, des modèles et des indemnités. C’est l’un des moyens dont dispose la société pour organiser la solidarité, instaurer la confiance et permettre aux particuliers et aux entreprises d’agir malgré l’incertitude. Cependant, le secteur peut se perdre dans son propre jargon et ses propres processus. Mes récits tentent de remettre au cœur du débat la dimension humaine de l’assurance.

Pourquoi avez-vous choisi la fiction et le dialogue plutôt que des ouvrages professionnels classiques ?

Parce que l’assurance concerne fondamentalement des personnes qui prennent des décisions dans un contexte d’incertitude. Le dialogue permet aux personnages de se questionner mutuellement, d’être en désaccord, d’hésiter et parfois de changer d’avis. Cela est bien plus proche de la réalité professionnelle qu’un manuel proposant des réponses apparemment définitives. Une histoire permet également aux lecteurs de s’immerger émotionnellement dans un problème avant de l’examiner d’un point de vue technique. Je ne souhaite pas dicter aux lecteurs ce qu’ils doivent penser. Je souhaite les encourager à réfléchir à leur propre façon de penser.

Vos livres oscillent entre l’histoire ancienne et un avenir de plus en plus technologique. Pourquoi ?

Regarder en arrière nous rappelle que l’assurance n’a pas commencé comme un secteur d’activité. Elle est née d’une réponse humaine face à l’incertitude. Regarder vers l’avenir nous aide à reconnaître que les structures actuelles de l’assurance ne sont pas immuables. L’intelligence artificielle, les cyberrisques, la protection intégrée, les technologies portables et les nouvelles avancées scientifiques pourraient profondément modifier ce qui est assuré et la manière dont la protection est fournie. Le passé explique la raison d’être de l’assurance ; l’avenir remet en question sa forme actuelle.

Quel rôle l’intelligence artificielle joue-t-elle dans votre vision ?

L’IA possédera une grande partie des connaissances techniques que les professionnels mettaient autrefois des années à acquérir. Mais les connaissances à elles seules ne suffisent pas à prendre de bonnes décisions. Les personnes devront toujours poser les bonnes questions, remettre en question la machine, comprendre le contexte et choisir parmi des solutions qui peuvent toutes être imparfaites. Le professionnel de demain ne sera pas en concurrence avec l’IA, mais collaborera avec elle. La curiosité, la culture et le jugement n’en deviennent donc que plus importants, et non l’inverse.

Pourquoi les assureurs et les courtiers devraient-ils lire ces livres ?

Car le plus grand danger pour un secteur bien établi n’est pas l’ignorance de son activité actuelle. C’est l’incapacité à imaginer que cette activité puisse évoluer vers quelque chose de différent. Ces ouvrages posent des questions que les présentations stratégiques évitent parfois d’aborder. Que se passera-t-il lorsque l’assurance sera intégrée et deviendra presque invisible ? Comment pouvons-nous couvrir les risques émergents sans renoncer à la rigueur en matière de souscription ? L’indemnisation est-elle suffisante après un sinistre majeur ? Comment innover tout en préservant la gouvernance et le bon sens ?

Les courtiers jouent un rôle particulièrement important. Ils font le lien entre les clients, dont les risques évoluent, et les assureurs, dont les structures peuvent s’adapter plus lentement. Ils sont en mesure d’identifier les besoins qui ne correspondent pas aux produits existants et de contribuer à les transformer en de nouvelles formes de protection.

Que souhaiteriez-vous que les lecteurs retiennent de cet ouvrage ?

J’espère qu’ils redécouvriront l’assurance comme une activité intellectuellement passionnante et socialement utile. Ces ouvrages restent prudemment optimistes : la technologie va transformer l’assurance, mais les organisations continueront de dépendre des personnes. L’innovation n’a de sens que lorsqu’elle apporte une protection significative. L’assurance a un passé remarquable, mais son avenir appartiendra à ceux qui resteront suffisamment curieux pour la remettre en question, suffisamment courageux pour la réinventer et suffisamment sages pour ne pas oublier à qui elle est destinée.

Les questions ont été posées par Binci Heeb.

Ces nouvelles sont disponibles sur Kindle et Substack.

À écouter et à lire : « L’illusion du contrôle »


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