Le 16 mars, j’ai pris la parole en tant qu’entrepreneur et expert en IA aux Nations unies à Genève sur un sujet qui devient de plus en plus une question clé dans notre société numérique : La confiance. Sa thèse centrale est aussi simple qu’alarmante : ce n’est pas le manque d’information qui met en péril les droits de l’homme aujourd’hui, mais la perte de confiance dans l’information.
Le problème aujourd’hui n’est pas l’accès à l’information, mais la capacité à lui faire confiance. Une nouvelle infrastructure de transparence sur l’internet est nécessaire pour préserver la démocratie, les marchés et la cohésion sociale.
La confiance, nouvelle ressource clé
Nous vivons à une époque où l’information est disponible partout et à tout moment. Mais cette abondance a créé un problème fondamental : la confiance est devenue la ressource la plus rare. La question n’est plus de savoir si l’information est accessible, mais si elle est fiable. La perte de confiance dans les contenus représente l’un des plus grands défis pour les systèmes démocratiques et les sociétés ouvertes.
Une génération dans l’espace d’action numérique
Ce changement est particulièrement visible chez les jeunes. Dans de nombreuses régions du monde, ils utilisent les plateformes numériques non seulement pour communiquer, mais aussi comme outils de changement social. Ils s’organisent, exposent leurs griefs et font campagne pour la transparence et les droits de l’homme. Dans le même temps, ils sont confrontés à la difficulté croissante de classer correctement les informations. Les frontières entre les sources fiables et les manipulations ciblées sont de plus en plus floues.
Le rôle de l’intelligence artificielle
L’intelligence artificielle peut jouer un rôle décisif dans ce contexte. Elle est capable d’analyser de grandes quantités de données, d’identifier des modèles de désinformation et de soutenir les processus journalistiques. Utilisée correctement, elle peut contribuer à accroître la transparence et à rétablir la confiance. Dans le même temps, il doit être clair que l’IA ne doit pas décider de ce qui est vrai. Sa tâche consiste à soutenir les personnes dans leur capacité à émettre des jugements, et non à les remplacer.
Un déficit structurel de l’Internet
L’architecture de l’internet actuel est au cœur des critiques. Des normes techniques telles que HTTPS ont permis de sécuriser les connexions dans le monde entier. L’internet est techniquement conçu pour diffuser l’information de manière efficace. Ce qui manque, c’est un système comparable d’évaluation de ces informations. Alors que des normes de sécurité ont été établies pour garantir l’intégrité des connexions, il n’existe pas de mécanisme mondial permettant de rendre transparente la qualité du contenu. Cette lacune devient de plus en plus un risque pour la société, les entreprises et la politique.
La couche globale de confiance
Pour combler ce déficit, une nouvelle couche est nécessaire sur l’internet : une couche de confiance globale. Cette infrastructure ne devrait pas contrôler ou censurer l’information, mais plutôt la contextualiser. Elle devrait rendre visible l’origine des informations, le degré de fiabilité de leurs sources et l’existence éventuelle d’indices de manipulation. L’objectif est de permettre aux utilisateurs de prendre des décisions en connaissance de cause sans restreindre leur liberté de choix.

La gouvernance, une responsabilité partagée
Une question clé est de savoir qui conçoit et contrôle un tel système. La confiance ne peut naître que si la responsabilité est largement répartie. Il faut un modèle international qui implique des acteurs de la société civile, du journalisme, de la science et de la technologie. Des normes ouvertes et des processus transparents sont essentiels pour garantir la légitimité et l’acceptation.
La transparence au lieu de la censure
Une couche de confiance globale ne doit pas être confondue avec la censure. Il ne s’agit pas de supprimer des informations, mais de les classer. Les gens doivent continuer à avoir un accès libre à l’information, mais en y ajoutant un contexte qui les aide à mieux comprendre et évaluer le contenu. La transparence devient ainsi le contre-modèle du contrôle.
Une nouvelle norme pour l’internet
Le défi consiste à établir une norme mondiale aussi efficace que les protocoles de sécurité technique. Une telle norme ne restreindrait pas la diffusion de l’information, mais rendrait sa qualité visible. L’internet a permis à chacun de s’exprimer, mais il n’existe aucun système permettant de catégoriser ces voix. Si nous voulons faire de la confiance le fondement de notre avenir numérique, nous devons repenser l’infrastructure de l’internet.
Une alternative est constituée par les modèles ouverts tels que le World Wide Web Consortium ou la Fondation Mozilla, qui mettent l’accent sur la transparence, l’ouverture et le contrôle par la communauté.
Article de Bejan Choschnau
Bejan Choschnau est un entrepreneur et un expert en IA. Il conseille les autorités et les organisations internationales sur les questions stratégiques liées à l’intelligence artificielle, du développement technologique et des infrastructures numériques à l’impact sociétal et à l’innovation. Son travail se situe à l’intersection de la technologie, de la politique et des systèmes d’information mondiaux.
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