Lorsque la vague de chaleur prend fin : l’été européen devient un risque permanent

Un webinaire organisé par Everbridge et Arcadis ne présente pas, pour l’été européen 2026, une succession d’événements extrêmes isolés, mais plutôt celle d’un système de risques interconnectés. Canicule, sécheresse, feux […]


Lorsque la chaleur persistante se transforme en sécheresse, et que la sécheresse assèche la végétation.

Lorsque la chaleur persistante se transforme en sécheresse, et la sécheresse en végétation desséchée.

Lorsque la chaleur persistante se transforme en sécheresse, et la sécheresse en végétation desséchée.

Un webinaire organisé par Everbridge et Arcadis ne présente pas, pour l’été européen 2026, une succession d’événements extrêmes isolés, mais plutôt celle d’un système de risques interconnectés. Canicule, sécheresse, feux de forêt et pluies torrentielles se succèdent comme les maillons d’une chaîne. Pour les entreprises, et tout particulièrement pour le secteur des assurances, qui souscrit et tarifie ces risques, cela signifie que le risque météorologique n’est plus un sujet saisonnier marginal, mais une mission permanente.

Un été de records : le jeudi 30 juillet, le thermomètre a grimpé jusqu’à 39,7 degrés à Bâle-Binningen. Il s’agit de la température la plus élevée jamais enregistrée au nord des Alpes, comme l’a confirmé MétéoSuisse. La vague de chaleur persistante ne touche pas seulement la Suisse lors des après-midis caniculaires, mais se fait également de plus en plus sentir dans les forêts : des arbres dépérissent et, le long de nombreuses routes, la crainte de chutes de branches grandit. Des rafales de vent et des orages isolés sont annoncés pour vendredi, mais selon les prévisions des météorologues, les précipitations attendues seront loin d’être suffisantes pour soulager sensiblement les sols asséchés depuis des semaines.

Une succession d’événements plutôt qu’une série d’événements isolés

Caitlin Gillespie, responsable de la météorologie chez Everbridge, précise : « D’un point de vue météorologique, on ne peut pas mettre toute l’Europe dans le même panier. Les anticyclones bloquants provoquent chaleur et sécheresse dans une région, tout en entraînant simultanément de fortes pluies dans les régions voisines. Une chaleur persistante entraîne une sécheresse, la sécheresse assèche la végétation, et une végétation sèche augmente le risque d’incendie de forêt. Et lorsque l’anticyclone finit par se dissiper, des orages et des systèmes de tempêtes s’ensuivent, souvent sur des sols déjà durcis et peu perméables. Sa phrase clé : « La sécheresse a une mémoire. » Des averses isolées peuvent apporter un soulagement à court terme, mais ne mettent pas fin à la sécheresse, tandis que les sols et les nappes phréatiques ont besoin de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois, pour se régénérer.

De l’alerte météo au risque opérationnel

James Burr, analyste régional senior chez Everbridge, en tire des conséquences opérationnelles. Le mois de juin 2026 a été le plus chaud jamais enregistré en Europe occidentale. Les niveaux d’eau actuellement bas du Danube en Hongrie et en Roumanie montrent à quel point une seule période de sécheresse peut paralyser simultanément le transport de marchandises, l’agriculture et la gestion de l’eau. Le plus grand incendie de forêt de l’année 2026 en Espagne démontre à quelle vitesse la chaleur, le vent et le feu peuvent s’intensifier et rendre des régions entières inaccessibles aux entreprises, aux chaînes d’approvisionnement et aux voyageurs. Et, point important du point de vue des risques : la chaleur et la sécheresse ne réduisent pas le risque d’inondation, elles l’aggravent même parfois, car les sols asséchés absorbent moins bien l’eau de pluie et le ruissellement de surface augmente.

Ce que cela signifie pour le secteur des assurances

C’est précisément cette enchaînement de risques qui constitue le véritable défi pour la souscription et la gestion des sinistres. Quiconque souscrit des assurances de biens, d’interruption d’activité ou de risques liés au transport en Europe du Sud n’est plus confronté à des risques isolés, mais à des sinistres corrélés qui se renforcent mutuellement et peuvent se succéder à un rythme soutenu. Cela complique les hypothèses classiques de diversification au sein du portefeuille et met davantage l’accent sur les couvertures paramétriques, les modèles de risque dynamiques et une collaboration plus étroite entre assureurs directs et réassureurs. Jessica Hanisch, d’Arcadis, confirme également ce constat issu de sa pratique du conseil : les investisseurs et les assureurs exigent de plus en plus des preuves solides attestant qu’un site restera assurable et conservera sa valeur même dans dix ans.

La résilience climatique devient un enjeu d’investissement

M. Hanisch cite un chiffre qui interpelle : selon une étude de McKinsey, pour maintenir le niveau actuel de protection dans le cadre d’un réchauffement de deux degrés, les dépenses consacrées à la protection contre la chaleur, la sécheresse, les inondations et les incendies de forêt devraient être multipliées par 2,5. Entre 2023 et 2024, les coûts directement liés aux phénomènes météorologiques extrêmes ont déjà augmenté de 20 %. Son approche en trois étapes destinée aux entreprises (cartographier l’exposition, évaluer la sensibilité et la capacité d’adaptation, puis en déduire une stratégie d’investissement) correspond pour l’essentiel à la logique que les assureurs doivent eux aussi appliquer de plus en plus dans la gestion de leur portefeuille et la tarification. Il est important de noter que même les sites situés en hauteur ne sont pas automatiquement à l’abri si les voies d’accès sont inondées. C’est pourquoi Arcadis évalue systématiquement l’environnement global d’un site, et non pas uniquement ses coordonnées géographiques.

Une fiabilité de cinq à sept jours, aucune excuse pour plus tard

À la question de savoir combien de temps à l’avance il est possible de prévoir les perturbations météorologiques, M. Gillespie répond en toute franchise : de manière fiable, cinq à sept jours, et jusqu’à quatorze jours pour des signaux plus généraux. Pour M. Hanisch, il en résulte qu’il n’est pas nécessaire de mettre en place un plan d’urgence climatique distinct du plan classique de continuité des activités : le changement climatique ne fait que modifier la fréquence d’événements contre lesquels les entreprises doivent de toute façon se prémunir.

Pour le secteur de l’assurance dans la région DACH, qui présente des expositions liées aux chaînes d’approvisionnement, aux déplacements professionnels et aux sites situés en Europe du Sud, le message est clair : l’été 2026 n’est pas un cas isolé, mais un schéma qui se reproduira et dont devront tenir compte les modèles de risque, la tarification et les provisions pour sinistres. De plus, le passage à l’automne ne signifie pas la fin de l’alerte, mais transfère le risque de canicule et d’incendies de forêt vers les fortes pluies, les inondations et les glissements de terrain sur des sols déjà fragilisés.

Binci Heeb

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