Vérification des faits : la cybercriminalité cause-t-elle (vraiment) trois fois plus de dégâts que l’ensemble des catastrophes naturelles réunies ?

Une affirmation qui circule actuellement laisse entendre que la cybercriminalité causerait, à l’échelle mondiale, trois fois plus de préjudices financiers que l’ensemble des catastrophes naturelles réunies.thebrokernews a vérifié ce chiffre […]


thebrokernews a vérifié ce chiffre – avec un résultat sans équivoque et surprenant.

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Une affirmation qui circule actuellement laisse entendre que la cybercriminalité causerait, à l’échelle mondiale, trois fois plus de préjudices financiers que l’ensemble des catastrophes naturelles réunies.thebrokernews a vérifié ce chiffre et est parvenu à une conclusion claire, mais surprenante.

Cette affirmation circule régulièrement dans les médias et lors de conférences sur la sécurité informatique, bien que généralement sans citer de source précise. Lorsqu’on cherche un article de presse, une étude ou une institution citant spécifiquement ce chiffre de « trois », la tâche s’avère difficile : aucune source de ce type n’a pu être identifiée. Cependant, une étude de 2023 documentaire réalisé par le La chaîne Arte affirme qu’« un en trois « Chaque Allemand a déjà été victime d’une cyberattaque couronnée de succès à un moment ou à un autre » et que « les chercheurs estiment que les dommages annuels causés par les cyberattaques sont supérieurs à ceux provoqués par les catastrophes naturelles ». Ainsi, « un Allemand sur trois » pourrait se traduire par des pertes financières trois fois supérieures à celles causées par les catastrophes naturelles.

D’où vient cette comparaison ?

Cybercriminalité :

Ce chiffre repose généralement sur les estimations de Cybersecurity Ventures, selon lesquelles la cybercriminalité entraînerait chaque année environ 10 500 milliards de dollars de dommages et de coûts associés à l’échelle mondiale (avec une augmentation prévue à 12 200 milliards de dollars d’ici 2031). Ce chiffre inclut non seulement les vols directs ou les paiements de rançons, mais également les temps d’arrêt, les pertes de productivité, l’atteinte à la réputation et les efforts de remise en état informatique. Cybersecurity Ventures se contente d’indiquer que ces dommages sont « exponentiellement supérieurs » à ceux causés par les catastrophes naturelles. La source ne fournit pas de coefficient multiplicateur précis.

Catastrophes naturelles :

Selon les analyses de grands réassureurs tels que Swiss Re et Munich Re, le montant total des pertes mondiales liées aux catastrophes naturelles s’élève à environ 250 à 350 milliards de dollars américains au cours d’une année moyenne. Ce chiffre repose sur des données de pertes observées plutôt que sur des projections, ce qui le rend nettement plus fiable que les estimations relatives à la cybercriminalité. Swiss Re estime les pertes économiques mondiales totales (pertes assurées et non assurées confondues) à 318 milliards de dollars pour 2024 et à 220 milliards de dollars pour 2025. Munich Re évalue ces chiffres pour les mêmes années respectivement à 320 milliards de dollars (2024) et 224 milliards de dollars (2025).

Le rapport :

Si l’on compare ces 10 500 milliards de dollars aux 250 à 350 milliards de dollars de dégâts causés par les catastrophes naturelles, les dégâts liés à la cybersécurité seraient bien supérieurs à trois fois ce montant — plutôt de l’ordre d’un facteur de 30 à 40. Les Swiss Cyber Security Days citent également un chiffre précis à cet égard : Dans un entretien avec Nicolas Mayencourt (PDG de Dreamlab Technologies), il est indiqué que les catastrophes naturelles ont causé environ 125 milliards de dollars de dégâts en 2022, tandis que la cybercriminalité s’est élevée à 5 000 milliards de dollars. Une cyberattaque coûte donc quarante fois plus cher qu’une catastrophe naturelle.

Il convient toutefois de noter que ce même expert a cité un chiffre différent lors d’une conférence de presse ultérieure organisée dans le cadre des Swiss Cyber Security Days (début 2025) : Il y a alors évoqué huit mille milliards de francs suisses de dommages liés à la cybersécurité par an à l’échelle mondiale, soit vingt fois plus que l’ensemble des catastrophes naturelles réunies. Les facteurs multiplicateurs cités varient donc considérablement, même au sein d’une même source et d’une même série de conférences. Cela confirme une fois de plus qu’il s’agit d’estimations issues de modèles et non de faits avérés.

L’affirmation « 3x » — si tant est qu’elle fasse référence à ces ordres de grandeur — est donc bien inférieure aux résultats obtenus par les calculs des modèles du secteur de la cybersécurité lui-même.

Pourquoi cette comparaison ne tient pas la route

On compare des pommes et des oranges :

Ces deux séries de chiffres sont donc difficilement comparables d’un point de vue méthodologique. Les experts critiquent également les projections relatives à la cybercriminalité, soulignant qu’elles sont difficiles à vérifier car, par exemple, Cybersecurity Ventures ne divulgue pas la méthodologie sur laquelle elles reposent.

Des statistiques plus réalistes en matière de cybercriminalité :

Des groupes de réflexion et des économistes plus conservateurs, tels que le CSIS (Center for Strategic and International Studies), qui, en collaboration avec McAfee, a récemment estimé le coût mondial de la cybercriminalité à environ 600 milliards de dollars américains, ou encore les projections plus prudentes des médias spécialisés basées sur ce chiffre, tendent à estimer les dommages mondiaux réellement mesurables causés par la cybercriminalité entre 1 200 et 1 500 milliards de dollars américains par an. Sur la base de cette estimation plus prudente, l’écart entre ce chiffre et les 250 à 350 milliards de dollars de dommages causés par les catastrophes naturelles se réduirait à un rapport d’environ 4 pour 6, ce qui le rapprocherait de l’affirmation couramment citée selon laquelle les dommages liés à la cybercriminalité seraient « trois fois supérieurs », même si cela ne correspond toujours pas exactement à cette affirmation.

Pour la région DACH, les études « Sécurité économique » de Bitkom fournissent des chiffres plus précis, recueillis chaque année : Le montant total des dommages causés par le vol, l’espionnage et le sabotage en Allemagne s’élevait à 266,6 milliards d’euros en 2024, dont 178,6 milliards d’euros étaient imputables à la cybercriminalité. Selon Bitkom, l’année 2025 devrait même enregistrer un nouveau record d’environ 289,2 milliards d’euros par an ; voir également le communiqué de presse de l’Office fédéral pour la protection de la Constitution annonçant cette étude.

Les évaluations des risques réalisées par les entreprises elles-mêmes sont également bien documentées. À cet égard, la tendance est désormais encore plus manifeste qu’en 2024 : dans le contexte actuel Baromètre des risques Allianz 2026 Pour la cinquième année consécutive, les cyberincidents constituent le principal risque pour les entreprises à l’échelle mondiale, avec le pourcentage le plus élevé jamais enregistré, soit 42 % des réponses, et une avance de dix points de pourcentage sur le risque classé en deuxième position. Les catastrophes naturelles ont reculé à la cinquième place de ce même classement, en partie en raison d’une saison des ouragans plus calme en 2025. Dès Baromètre des risques Allianz 2024 Pour la troisième année consécutive, et pour la première fois avec une marge significative, les cyberincidents ont constitué le premier risque mondial, tandis que les catastrophes naturelles sont passées de la sixième à la troisième place. La « troisième série consécutive » mentionnée dans le rapport de 2024 est probablement à l’origine de l’association avec le chiffre « 3 » dans l’affirmation qui circule, mais elle fait référence à une série de classements s’étendant sur plusieurs années, et non à un facteur de risque spécifique. Avec les chiffres actualisés de 2026 (cinquième série consécutive), cette référence est de toute façon désormais caduque.

Situation en Suisse

En Suisse, ces tendances se reflètent à plus petite échelle : les dégâts causés par les phénomènes météorologiques extrêmes — tels que les inondations ou les glissements de terrain — entraînent chaque année des dommages matériels s’élevant à plusieurs centaines de millions de francs. Parallèlement, selon l’Office fédéral de la cybersécurité (BACS) et Prévention Suisse, les incidents liés aux rançongiciels et la fraude en ligne sont devenus l’un des risques majeurs pour les PME et les administrations publiques, car les pannes de système et le chantage peuvent, dans certains cas, entraîner des pertes économiques considérables. Toutefois, on ne dispose pas encore en Suisse de chiffre global fiable et directement comparable concernant les pertes liées à la cybercriminalité, qui permettrait une analyse comparative avec les dégâts causés par les catastrophes naturelles.

Le 26 août, l’effondrement massif d’un glacier a provoqué une crue soudaine dévastatrice au Népal et au Tibet, faisant au moins 270 morts et plus de 1 300 disparus ; une crue soudaine de grande ampleur dans l’Himalaya a emporté de nombreuses personnes et des villages entiers. Parmi les disparus figurent des centaines de touristes.

N’oubliez pas de vérifier les faits

L’affirmation selon laquelle la cybercriminalité causerait trois fois plus de dégâts que l’ensemble des catastrophes naturelles réunies n’a pu être confirmée par aucune étude ni aucun article de presse utilisant exactement cette formulation. Elle semble reposer sur une confusion courante mais imprécise entre deux éléments : une estimation modélisée issue du secteur de la sécurité informatique (10 500 milliards de dollars américains, selon Cybersecurity Ventures) et un classement du Baromètre des risques d’Allianz, qui a classé la cybercriminalité comme le risque numéro un pour la troisième année consécutive. Selon l’estimation de la cybercriminalité utilisée, le multiplicateur qui en résulte est soit nettement plus élevé (30 à 40, d’après les chiffres de Cybersecurity Ventures), soit nettement plus modéré (4 à 6, d’après les estimations plus prudentes du CSIS). Aucun de ces deux ensembles de données ne permet de justifier un facteur de trois. Cette affirmation reflète donc principalement les hypothèses du modèle et non une comparaison directe des dommages matériels mesurés à l’aide de méthodes équivalentes.

Binci Heeb

Voir également : Les cybermenaces restent le principal risque pour les entreprises


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