Le changement de génération, l’augmentation des cybermenaces et le renforcement des exigences réglementaires obligent les assureurs, les courtiers et les institutions de prévoyance à faire preuve de clarté stratégique. Ceux qui ne sécurisent pas les connaissances critiques, ne gèrent pas les risques de manière systématique et ne renforcent pas la gouvernance de manière cohérente mettent en péril leur pérennité. La résilience organisationnelle devient donc une tâche de gestion centrale.
Les changements démographiques affectent le secteur de l’assurance de manière substantielle. Le retrait progressif de la génération du baby-boom risque d’entraîner une perte considérable de connaissances implicites, d’une connaissance accrue du marché et de relations de longue date avec les clients. AXA fait face à ce risque avec le programme « AXA Horizon ». Les professionnels retraités restent impliqués dans des projets spécifiques en tant que mentors, coachs ou dans des mandats clairement définis.
Stratégiquement, c’est plus qu’une mesure RH. Il s’agit d’une gestion structurée des connaissances avec un effet de signal culturel. L’expérience n’est pas adoptée, mais institutionnalisée. Cette approche gagne en importance, en particulier sur le marché suisse où les professionnels qualifiés sont rares. Pour les assureurs, les courtiers et les caisses maladie, la question se pose donc de savoir comment sauvegarder systématiquement le savoir-faire avant qu’il ne se perde lors du changement de génération.
Les cyber-risques comme enjeu stratégique de gestion
Parallèlement, la cyber-réalité s’aggrave. Une étude menée par le Cyber Risk Intelligence Center de Marsh en collaboration avec l’Université de Saint-Gall a cherché à savoir si la souscription d’une cyberassurance augmentait la probabilité d’une attaque par ransomware. Le résultat est clair : il n’existe aucune preuve empirique que la cyberassurance favorise les attaques.
Parallèlement, le dernier rapport fédéral sur la cybersécurité montre que les infrastructures critiques en Suisse ont signalé 222 cyberattaques l’année dernière. Depuis 2025, il existe en outre une obligation légale de déclarer les cyberincidents. Cela augmente la transparence et la réactivité, mais aussi les attentes en matière de gouvernance et de conformité. Les prestataires de services informatiques, les pouvoirs publics et le secteur bancaire et des assurances sont particulièrement concernés. Les cyber-risques ne sont donc plus une question informatique isolée, mais font partie de la responsabilité globale de l’entreprise.
Les courtiers entre réglementation et protection de la relève
Dans l’environnement des courtiers également, il existe une tension structurelle. L’obligation de formation continue suscite parfois le mécontentement des acteurs expérimentés du marché, car les exigences standardisées sont perçues comme peu différenciées. La crainte de se voir opposer des obstacles formels ou d’être exclu de facto du marché augmente encore la pression.
Parallèlement, de nouveaux modèles de formation voient le jour. Un modèle de stage de la Fachschule für Wirtschaft und Informatik de Winterthur permet aux apprentis de commerce, après une préparation ciblée, d’effectuer un stage d’un an au lieu de l’apprentissage classique de trois ans. Pour les entreprises, cela réduit les charges administratives et ouvre des voies de recrutement plus flexibles. Le secteur cherche ainsi un nouvel équilibre entre l’assurance qualité, la conformité réglementaire et la capacité d’action entrepreneuriale.
La gouvernance sous pression : les leçons de l’Allemagne
Le cas de la caisse de retraite des dentistes berlinois montre à quel point une gestion des risques insuffisante peut être grave. Après des pertes de plus d’un milliard d’euros dues à des décisions d’investissement risquées, le système s’est retrouvé en grande difficulté. Cette affaire a déclenché un débat de fond sur l’adéquation des structures de surveillance existantes.
Indépendamment de la forme concrète de la réglementation, ce cas illustre à quel point des structures de gouvernance robustes, des mécanismes de contrôle efficaces et des stratégies d’investissement durables sont essentiels pour la stabilité des systèmes de prévoyance. Des processus décisionnels transparents et un contrôle cohérent des risques ne sont pas des formalités, mais des conditions préalables à la confiance.
La résilience comme ligne directrice stratégique
Les thèmes abordés dans ce numéro du « LBC Insurance Radar » sont étroitement liés. La préservation des connaissances lors du changement de génération, la cyber-résilience, l’équilibre réglementaire dans l’environnement des courtiers et la gouvernance solide des systèmes de pension suivent la même logique : les organisations doivent adapter leurs structures pour garantir la stabilité tout en restant adaptatives.
En associant de manière cohérente la gestion des connaissances, la gestion des risques et la gouvernance, vous créez les bases de la compétitivité et du succès à long terme dans le contexte de stabilité et de disruption qui caractérise de plus en plus le secteur de l’assurance.
Binci Heeb
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