La numérisation du monde de l’assurance progresse et, avec elle, la vision selon laquelle les systèmes ne se contenteront pas d’échanger des données, mais interpréteront et mettront en œuvre les exigences réglementaires de manière indépendante. Mais que se passe-t-il lorsque l’efficacité rencontre la créativité ? Une expérience intellectuelle avec le compositeur américain et expert en assurance Charles Ives montre à quel point cette question est d’actualité.
Dans le podcast « Paul the Insurer », une image fascinante apparaît : des ordinateurs qui communiquent entre eux dans une sorte de « langage de conformité ». Ce qui semble technique aujourd’hui rappelle presque la musique de ce point de vue. Les règles deviennent des notes, les processus des compositions.
Pour Charles Ives, auteur d’une musique d’avant-garde aux rythmes et harmonies inhabituels, cette évolution aurait été plus qu’une simple avancée technologique. Il y aurait probablement vu une nouvelle forme d’expression. Les exigences réglementaires peuvent être lues comme une sonate : structurées, mais ouvertes à l’interprétation.
Mais c’est précisément là que réside la tension : alors que les machines sont conçues pour la précision, la musique, et la bonne souscription aussi, se nourrit de nuances, d’écarts délibérés, d’une sensation du bon moment.
Entre efficacité et perte de contrôle
L’automatisation de la conformité promet des avantages considérables. Les processus pourraient devenir plus rapides, plus transparents et exempts d’erreurs. L’échange direct entre les assureurs et les autorités de contrôle ne serait plus une vision, mais une réalité.
Dans le même temps, cette évolution soulève des questions fondamentales. Une supervision entièrement automatisée pourrait conduire à une nouvelle forme de contrôle centralisé. Les décisions ne seraient plus prises par des personnes, mais par des systèmes qui interprètent strictement les règles.
Ives, qui a toujours été sceptique à l’égard de la commercialisation excessive et de la concentration du pouvoir, aurait été ambivalent face à cette évolution. L’innovation oui, mais pas au prix de l’autonomie et de l’esprit critique.
L’âme de la souscription
Au début du monde de l’assurance, la conformité était basée sur la responsabilité personnelle et l’intégrité. Aujourd’hui, nous nous dirigeons vers des structures décisionnelles algorithmiques. Le saut est énorme, tant sur le plan technologique que culturel.
Mais malgré tous ces progrès, une idée clé demeure : Les machines peuvent optimiser les processus, mais elles ne peuvent pas remplacer le jugement d’experts expérimentés. La capacité à appréhender les risques de manière globale, à reconnaître les corrélations et parfois à prendre des décisions à contre-courant reste humaine.
C’est peut-être là que réside le message le plus important du podcast : Le progrès ne doit pas entraîner la perte de l’esprit critique. Les systèmes peuvent apporter un soutien, mais ils ne doivent pas dominer.
La technologie a besoin d’une attitude
La vision d’un monde de l’assurance automatisé et parfaitement intégré est tentante. Mais elle exige plus que l’excellence technologique. Elle exige une attitude claire face au pouvoir, à la responsabilité et à la liberté de choix.
Ou, pour reprendre la logique de Charles Ives : même la machine la plus parfaite peut garder le temps, mais elle ne sait pas quand il est temps de l’interrompre consciemment.
L’avenir du secteur de l’assurance ne sera donc pas déterminé par la technologie seule, mais par les personnes qui la façonnent.
Binci Heeb
Paul l’assureur propose d’autres contenus susceptibles de vous intéresser, comme la série d’entretiens avec des dirigeants du secteur de l’assurance.
Lire aussi : Du cauchemar de Kafka à l’assurance numérique