Transmettre son patrimoine en Suisse : pourquoi une bonne planification commence bien avant l’ouverture de la succession

Le 30 novembre 2025, la Suisse a clairement rejeté l’initiative des Jeunes socialistes sur les droits de succession : 78,3 % des votants se sont prononcés contre un impôt de […]


Comment l'Allemagne et la Suisse règlent les questions de succession. Source : RS Ratgeber Stiftung Beratung e.K.

Comment l'Allemagne et la Suisse règlent les questions de succession. Source : RS Ratgeber Stiftung Beratung e.K.

Comment l'Allemagne et la Suisse règlent les questions de succession. Source : RS Ratgeber Stiftung Beratung e.K.

Le 30 novembre 2025, la Suisse a clairement rejeté l’initiative des Jeunes socialistes sur les droits de succession : 78,3 % des votants se sont prononcés contre un impôt de 50 % sur les successions supérieures à 50 millions de francs. Parallèlement, des efforts sont déployés pour libéraliser le droit suisse des fondations familiales, car les familles fortunées ont jusqu’à présent souvent recours à l’étranger pour mettre en place leurs structures.

L’Allemagne offre à cet égard un contraste intéressant : les transferts de patrimoine sont davantage imposés, mais la fondation familiale offre en contrepartie de nombreuses possibilités de regrouper le patrimoine au fil des générations. Une comparaison montre à quel point l’approche de ces deux pays en matière de transmission patrimoniale à long terme diffère.

L’Allemagne et la Suisse : deux modes de succession

En Allemagne, l’impôt sur la fortune n’est plus prélevé depuis 1997. En revanche, la transmission de patrimoines importants peut s’avérer coûteuse en raison des droits de succession et des droits de donation. Les abattements peuvent toutefois être réutilisés tous les dix ans. Ceux qui s’y prennent tôt peuvent ainsi transférer progressivement des montants considérables à la génération suivante.

En Suisse, la situation est pratiquement inverse. Dans la plupart des cantons, la transmission aux descendants directs est exonérée d’impôt ou n’est soumise qu’à une faible imposition. En revanche, le patrimoine des personnes physiques est soumis à un impôt cantonal sur la fortune prélevé chaque année. La différence fondamentale réside donc moins dans le fait que l’État prélève ou non sur les grandes fortunes, mais plutôt dans le moment où il le fait.

Pourquoi une donation directe n’est pas toujours la meilleure solution

Les impôts ne constituent toutefois qu’une partie de la planification successorale. Quiconque transfère directement son patrimoine à son enfant cède en même temps la propriété de celui-ci et, par là même, une part considérable de son contrôle. Cela peut avoir des conséquences. Le patrimoine transféré peut, par exemple, être affecté par un divorce, une faillite ou d’autres risques personnels encourus par le bénéficiaire. De plus, le nouveau propriétaire peut en principe décider lui-même de l’utilisation qui sera faite de ce patrimoine.

C’est précisément pour cette raison que les familles fortunées s’efforcent souvent de dissocier la gestion financière, la propriété et les pouvoirs de décision. En matière immobilière, par exemple, un droit d’usufruit – ou, en Suisse, un droit d’usufruit – peut permettre de transférer la propriété à la génération suivante tout en conservant les revenus au cédant.

Les limites du droit suisse des fondations

Une autre possibilité consiste à transférer le patrimoine non pas directement à des personnes individuelles, mais à une structure pérenne. En Allemagne, la fondation familiale peut être utilisée à cette fin. Le patrimoine appartient alors à la fondation, tandis que les statuts permettent de définir qui en sont les bénéficiaires et selon quelles règles les décisions sont prises.

En Suisse, les possibilités sont nettement plus restreintes. L’article 335 du Code civil limite les fondations familiales à certains objectifs, tels que la formation, la dotation et le soutien des membres de la famille. Une fondation dont l’unique objectif serait de regrouper à long terme le patrimoine familial et de le distribuer librement aux descendants n’est pas prévue. Cela a des conséquences pratiques : les familles suisses fortunées ont souvent recours à des structures de fondation à l’étranger, notamment en Allemagne ou au Liechtenstein.

Le facteur le plus important est le temps

Aussi différents que soient les systèmes juridiques des deux pays, le même principe s’applique à une planification successorale réussie : il faut s’y prendre tôt. Car le temps perdu est pratiquement impossible à rattraper. En Allemagne, le délai de dix ans joue ici un rôle central. Les abattements fiscaux applicables aux donations peuvent être réutilisés au bout de dix ans. Ce délai revêt également une importance particulière en matière de droits à la réserve héréditaire. En Suisse également, certaines donations effectuées au cours d’une période de dix ans précédant le décès peuvent être remises en cause.

La succession est un projet à long terme

La véritable différence entre la succession classique et la transmission stratégique du patrimoine ne réside donc pas dans une règle fiscale ou une forme juridique particulière. Elle tient à la manière dont la transmission est planifiée. Au lieu de transmettre l’ensemble du patrimoine en une seule fois, un jour donné, les transferts sont préparés suffisamment à l’avance. La propriété et l’usage peuvent être dissociés, les risques pour la génération suivante pris en compte et les droits de décision clairement définis.

Dans le cas de patrimoines importants, des structures durables peuvent en outre permettre d’éviter que le patrimoine ne doive être redistribué à chaque changement de génération. Pour les détenteurs de patrimoine suisses, cela signifie que les conditions relativement favorables en matière d’héritage ne résolvent pas la question de la succession proprement dite. Ce qui est déterminant, c’est de savoir ce qui doit être préservé à long terme, qui doit en bénéficier et qui est habilité à en décider.

Sascha Drache

Sascha Drache est un expert en matière de fondations. Il évolue depuis de nombreuses années dans le milieu des fondations allemandes et est généralement considéré comme le « pape » allemand des fondations. Grâce à ses conseils en matière de création de fondations, il apporte son soutien aux PME allemandes. Cet expert accompagne ses clients tout au long du processus de création et les aide à établir leur fondation sur des bases solides afin de garantir la constitution et la protection de leur patrimoine à long terme. Pour plus d’informations, cliquez ici.

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