Les personnes qui gagnent moins vont plus souvent chez le médecin, souffrent plus souvent de maladies chroniques et ont pourtant moins souvent recours aux prestations de prévention. Une nouvelle étude menée par Helsana et l’université de Bâle met en évidence à quel point le lien entre le revenu du ménage et les comportements en matière de santé est profondément ancré.
Le rapport Helsana intitulé « Revenus des ménages et recours aux prestations de santé » s’appuie sur des données combinées relatives à l’assurance et aux revenus. Les résultats sont sans équivoque : les personnes à faibles revenus sont nettement plus souvent touchées par des maladies chroniques telles que la dépression, l’hypercholestérolémie ou les douleurs chroniques. Concernant ces dernières, le taux de personnes touchées dans la tranche de revenus la plus basse est plus de trois fois supérieur à celui de la tranche la plus élevée, ce qui s’accompagne d’un recours nettement plus fréquent à des analgésiques puissants.
Les dépenses de santé reflètent également cette tendance. Les assurés dont le revenu mensuel ne dépasse pas 2 000 francs génèrent des coûts annuels d’environ 4 764 francs, contre 3 279 francs pour les personnes dont le revenu est supérieur à 8 000 francs. Il est intéressant de noter que cette différence ne s’explique pas uniquement par un état de santé plus précaire. Même à état de santé comparable, les personnes aux revenus les plus faibles recourent davantage aux prestations.
La prévention reste une question de compétences en matière de santé
Paradoxalement, les ménages aux faibles revenus ont moins souvent recours aux offres de dépistage, même lorsque celles-ci sont accessibles gratuitement. Le dépistage du cancer colorectal illustre parfaitement ce problème : dans les cantons dotés de programmes de dépistage financés, le taux de participation ne se situe, selon les cantons, qu’entre 25 et 48 %. Les obstacles financiers ne suffisent pas à eux seuls à expliquer ce constat. Les compétences en matière de santé et l’accès à l’information jouent un rôle tout aussi important.
La franchise et l’article 56a de la LAMal comme leviers de régulation
Le rapport met également en évidence des faiblesses structurelles du système actuel. La franchise minimale de 300 francs est restée inchangée depuis une vingtaine d’années, alors que les coûts de santé ont considérablement augmenté depuis lors, ce qui a de fait réduit à néant son effet modérateur. Une adaptation s’impose.
Parallèlement, l’article 56a de la LAMal, qui entrera en vigueur le 1er juillet 2026, ouvre de nouvelles perspectives : les assureurs maladie pourront désormais informer leurs assurés de manière ciblée, sur la base des données relatives aux prestations, des alternatives plus économiques, des modèles d’assurance adaptés et des offres de prévention. Il s’agit par exemple du passage à des médicaments moins onéreux ou du recours à des prestations de prévention. Le contenu de ces conseils reste clairement délimité et vient compléter le rôle des prestataires de soins.
Pour les courtiers, cela signifie que la question des compétences en matière de santé et du conseil adapté à chaque public prend de plus en plus d’importance, non seulement sur le plan social, mais aussi en tant qu’élément de différenciation dans la relation client.